L'art du «oui, mais...»

Le président de la CCG, Jean-Claude Des Rosiers,... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Le président de la CCG, Jean-Claude Des Rosiers, et l'ancien maire Yves Ducharme discutent avec le maire Maxime Pedneaud-Jobin.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / Avoir l'air de dire oui, alors qu'en fait on dit non, relève du grand art en politique. Il faut croire que le maire Maxime Pedneaud-Jobin est un habile politicien.

Après avoir ménagé la chèvre et le chou pendant des mois, M. Pedneaud-Jobin a révélé le fond de sa pensée sur le projet des deux tours qu'espère bâtir Brigil au centre-ville de Gatineau.

Il est pour le projet, il le veut, a-t-il affirmé devant la Chambre de commerce. Mais pas sur le terrain pressenti par le promoteur immobilier, a-t-il vite pris soin de préciser.

Quand on sait à quel point Gilles Desjardins tient mordicus à bâtir ses tours de 35 et 55 étages devant le Musée canadien de l'histoire, et pas ailleurs, remettre en question le choix du terrain revient presque à une fin de non-recevoir de la part du maire... Place des peuples, sans la proximité immédiate du musée et de son million de visiteurs annuel, ce ne serait pas tout à fait Place des peuples.

La sortie du maire vise sans doute à clore le bec à ses détracteurs. Ses adversaires politiques ne pourront plus l'accuser aussi facilement de lever le nez sur le projet de Brigil. D'autant plus que le maire a révélé qu'il avait poussé l'obligeance jusqu'à proposer des terrains de rechange à Gilles Desjardins pour ériger ses tours.  «Il y a des endroits pour ce projet et pour lesquels je suis prêt à travailler main dans la main avec M. Desjardins. Je suis prêt à faire du porte-à-porte avec lui pour que ce projet aille de l'avant», a assuré jeudi le maire devant un parterre de gens d'affaires.

En apparence, voilà donc un maire conciliant, ouvert à la discussion, prêt à empoigner son bâton de pèlerin pour aller vendre le projet de Brigil auprès de la population. 

Alors que si on lit entre les lignes, rien n'est moins certain.

***

Ce qui est sûr, par contre, c'est que le maire Maxime Pedneaud-Jobin prépare le terrain pour la campagne à la mairie de 2017. Il y a fort à parier que la prochaine élection municipale adoptera l'allure d'un référendum sur le projet des tours Brigil.

Pour le maire d'une grande ville comme Gatineau, il serait carrément périlleux de dire non à un projet de 400 millions $, financé entièrement par le privé, et qui rapporterait 8 millions $ par année en taxes municipales. Il a donc choisi une position en demi-teinte qui lui permet de relancer la balle dans le camp de Brigil sans avoir l'air de faire preuve de fermeture. 

Dans les faits, le maire vient pourtant de choisir son camp. Quand on lui a demandé d'expliquer davantage ses réserves face au terrain choisi par Brigil, le maire y est allé d'un vibrant plaidoyer en faveur du quartier du Musée et de la préservation du rare patrimoine bâti encore debout à Gatineau.

Pour le maire, autoriser la construction des deux grandes tours provoquerait une surenchère immobilière qui condamnerait, à plus ou moins brève échéance, le quartier du Musée. «Dans 25 ans, avec la hausse du prix des terrains, le quartier va disparaître même si on tente de le protéger. C'est l'ancienne bourgeoisie de Hull qui habitait là à une époque. Ça vaut quelque chose et il y a quelque chose à préserver là. Alors les tours, est-ce qu'on peut les faire ailleurs?»

Toute la question est là.

À partir du moment où le dialogue sur cette question demeure entre le maire et Gilles Desjardins, il y a toutes les chances que les choses en restent là jusqu'aux prochaines élections. Parce que pour le moment, ni l'un ni l'autre n'a l'air de vouloir dévier de sa position.

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