Laissez jouer les petits enfants

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On a oublié une chose essentielle. Les jeunes enfants débutent leur apprentissage de la manière la plus naturelle qui soit: en jouant.

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CHRONIQUE / Et si on laissait jouer les jeunes enfants plutôt que de les embrigader très tôt dans des écoles?

Le député caquiste Jean-François Roberge a lancé un débat intéressant en proposant de rendre l'école obligatoire de 4 à 18 ans.

L'idée est de dépister les décrocheurs potentiels dès leur plus jeune âge et de les accompagner, pas à pas, jusqu'à l'obtention d'un diplôme d'études secondaires.

En Ontario, cette mesure a permis de faire passer le taux de diplomation de 68 à 84% entre 2004 et 2014. Au Québec, ce taux n'a cru que de 67 à 71% pendant la période. Douze mille jeunes décrochent chaque année sans avoir obtenu leur diplôme au Québec...

À l'appui de son projet, la CAQ cite le succès de pays qui ont adopté des politiques de scolarisation précoces, comme les États-Unis et la Grande-Bretagne. Or la fréquentation scolaire obligatoire dès un très jeune âge se bute à des mouvements de contestation dans ces pays.

En Angleterre, un chercheur de l'Université de Cambridge, David Whitebread, a adhéré au mouvement Too much, too soon. «Il a fait état de plusieurs recherches démontrant que la scolarisation précoce a un effet néfaste sur les enfants. Notamment parce que ça réduit le temps de jeu non structuré qui est reconnu comme un élément incontournable du développement intellectuel et social», explique Stéphanie Demers, chercheuse en éducation à l'UQO.

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Dans nos sociétés occidentales obsédées par le rendement et les bulletins chiffrés, on a oublié une chose essentielle. Les jeunes enfants débutent leur apprentissage de la manière la plus naturelle qui soit: en jouant. En rognant sur leur temps de jeu pour les envoyer à l'école très jeune, on fait le sacrifice de quelque chose.

À court terme, notre progéniture apprendra à lire plus vite. Mais des recherches démontrent qu'à plus long terme, la scolarisation précoce a un impact négatif sur leur capacité d'apprendre et de réfléchir, de même que sur leur développement social.

Donc, il faudrait laisser jouer les enfants davantage?

«Tout à fait!» répond Mme Demers, qui souligne qu'un encadrement trop strict des enfants finit par causer des problèmes. D'ailleurs, des chercheurs s'intéressent de plus en plus à la «surstructuration» de la vie de nos enfants. Ils établissent un lien avec leurs problèmes d'anxiété.

«Dans les pays scandinaves, l'apprentissage de la lecture se fait à partir de 7 ans. Alors qu'ici, on fait de la prélecture dès l'âge de 4 ans. C'est fou! Est-ce que d'asseoir des enfants pour faire de la scolarisation précoce apportera un changement positif? La recherche semble dire que non. Tout semble indiquer qu'on va plutôt leur nuire», dit Mme Demers.

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Le député caquiste Jean-François Roberge a lancé un... (David Boily, Archives La Presse) - image 2.0

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Le député caquiste Jean-François Roberge a lancé un débat intéressant en proposant de rendre l'école obligatoire de 4 à 18 ans.

David Boily, Archives La Presse

De passage à Gatineau mercredi, le député Jean-François Roberge a voulu apporter des nuances à cette lecture des faits.  «C'est vrai qu'en Norvège et en Finlande, la scolarisation débute à 7 ans. Mais la préscolarisation commence très tôt chez eux aussi. Ils font des prémaths, du préfrançais comme ici. On n'est pas très loin l'un de l'autre», soutient-il.

Il reste que le fer de lance de sa proposition repose sur l'injection massive de capitaux pour embaucher des spécialistes dans les écoles.

Des investissements qu'il évalue à 500 millions $ récurrents par année, plus un autre 400 millions pour de nouvelles infrastructures.

Tout ça alors que les commissions scolaires, durement touchées par l'austérité, viennent de sabrer dans les services spécialisés aux élèves. 

Or sans structure pour soutenir enseignants et élèves, qu'on parle d'orthopédagogues, de psychologues ou d'éducateurs spécialisés, la réforme proposée par la CAQ est vouée à l'échec. Elle ne ferait qu'hypothéquer un système déjà débordé de partout. «C'est de la pensée magique. Et elle n'est pas appuyée par la recherche», soutient Stéphanie Demers.

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