Voyage d'un extrême à l'autre

Yan Saint-Jacques et René Champagne, d'Entraide Familiale de... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Yan Saint-Jacques et René Champagne, d'Entraide Familiale de l'Outaouais, déchargent le camion sous le regard de Yannick.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / Quand nous sommes arrivés avec le camion rempli de meubles usagés, elle nous attendait avec un gros labrador sur le pas de la porte d'un logement décrépit. Une jeune femme au visage assombri par les soucis.

Je suis allé lui parler pendant que Yan Saint-Jacques et René Champagne, les deux employés d'Entraide familiale de l'Outaouais, déchargeaient le camion. Ils ont rentré la cuisinière, puis le micro-ondes et le réfrigérateur pendant qu'on jasait sur le balcon.

«Je vis de l'aide sociale et j'ai de la misère à arriver. Mon ex-conjoint m'a laissée dans le trouble avec Hydro. J'essaie de me débrouiller comme je peux. Entraide familiale m'aide beaucoup en me fournissant de nouveaux meubles», dit-elle.

Quand on possède un réfrigérateur ou une cuisinière, on ne réalise pas à quel point ils nous facilitent la vie. Cette jeune fille vivait sans électroménagers depuis des semaines. «Enfin, je ne perdrai plus de bouffe! Je vais pouvoir me préparer à manger et faire une épicerie le premier du mois au lieu d'acheter à mesure. Ça coûte si cher la bouffe! Surtout que j'ai un gros chien. Il me coûte 23$ par mois. Je me priverais de cigarette plutôt que de le laisser mourir de faim.»

Elle s'interrompt un instant pour admirer la table que Yan transporte dans le logement. Une vieille table dont quelqu'un d'autre, à Gatineau, ne voulait plus. La jeune fille capote. «Wow, super table! T'aurais pas une lampe aussi?» Yan promet de lui en dénicher une.

Les deux gars avaient fini de décharger. J'ai souhaité bonne chance à la fille et on est reparti.

***

Entraide Familiale Outaouais a recueilli et redonné plus de 31 000 meubles et électroménagers usagés depuis 2006.

Onze ans que Yan, un ex-cuisinier, fait de la cueillette et des livraisons pour l'organisme au volant de son camion.

Quatre fois par semaine, il cueille les meubles dont les mieux nantis veulent se débarrasser. Il les livre chez les plus démunis. Chaque ronde est un voyage entre deux réalités socio-économiques de l'Outaouais.

«Ma toute première livraison, je m'en rappelle encore, c'était chez une dame de 76 ans, raconte Yan. Elle n'avait pas de frigo. Comme c'était l'hiver, elle plaçait sa pinte de lait dehors, sur le bord de la fenêtre. Elle la retirait de temps à autre pour éviter que le lait ne gèle. Quand je suis arrivé, elle s'est mise à pleurer. Elle attendait ses affaires depuis trois mois.»

***

Notre camion se dirige vers une maison cossue de Chelsea. La dame a des choses à donner: une télé, une chaîne stéréo, un vélo. «Je suis en train de faire mon ménage du printemps. Pour moi, c'est une manière de passer au suivant», dit-elle. Ensuite, arrêt chez un couple de retraités des Hautes-Plaines. Même scénario: on récolte une laveuse, une chaise, un meuble de télé.

Dernier stop de la matinée: un immeuble de loyers à prix modiques. Yan grimace en reconnaissant l'édifice. Trois étages d'escaliers à monter... et tout un ensemble de meubles à livrer à une jeune famille sur l'aide sociale. «J'aurai pas besoin de faire de gym ce soir», lâche-t-il.

Visiblement anxieux, le père de famille est mécontent. Tout est là, sauf le frigo promis. Yan réussit à le calmer. «On a eu un imprévu, tu auras le frigo demain.»

Le gars s'adoucit en contemplant les meubles s'accumuler dans son nouvel appartement. «J'aurais pensé que ç'aurait pu être plus vieux, plus moche, plus magané... Mais tout est en bon état. Alors je n'ai rien à dire. Que du bonheur!»

En revenant dans le camion, René raconte qu'il est frappé par la pauvreté qu'il rencontre sur son chemin. «Tu arrives à des places et le monde n'a rien! La mère et les enfants couchent sur des coussins dans le salon... Le monde apprécie tellement de nous voir arriver avec des meubles. C'est là que tu vois que c'est le monde qui n'a pas d'argent qui apprécie le plus.»

***

Entraide familiale fait face à un manque à gagner de 30 000$. L'organisme tient une soirée-bénéfice, intitulée «Les bouchées doubles», le lundi 16 mai.

Informations: 819-669-0686 ou dg@entraidefamiliale.com

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