Les irréductibles Hullois

«Aujourd'hui, je suis toujours, sinon plus découragée qu'il... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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«Aujourd'hui, je suis toujours, sinon plus découragée qu'il y a trois ans et demi», raconte Geneviève Guilmette.

Etienne Ranger, Archives LeDroit

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Je vous ai parlé, il y a trois ans, de Geneviève Guilmette et de son conjoint, Frédéric Miville-Deschênes. Le couple s'était installé dans une jolie demeure ancestrale du centre-ville de Hull.

À l'époque, Geneviève était enceinte de son premier. Après avoir habité de grandes villes, le couple souhaitait élever sa famille dans un environnement urbain.

Déjà, Geneviève s'inquiétait de la tournure que prenait le développement du centre-ville. Elle se demandait quel avenir attendait de jeunes familles comme la sienne dans ce «nouveau» centre-ville où les immeubles à condos de luxe prenaient toute la place.

Trois ans plus tard, le couple habite toujours rue Champlain. Ils ont maintenant deux enfants, âgés de 7 semaines et 2 ans. Alors qu'on entend toutes sortes de récriminations sur le manque de services au centre-ville, ils y mènent une vie familiale active.

«Nous allons au musée, dans les restos du quartier (même le week-end!), nous nous promenons au parc Jacques-Cartier, allons à la piscine municipale, fréquentons la bibliothèque. Bref, nous habitons véritablement le Vieux-Hull!», raconte Geneviève Guilmette.

Bref, un couple d'irréductibles Hullois qui résistent encore et toujours à l'ambiance parfois déprimante du centre-ville. N'empêche, le développement sans queue ni tête de l'Île-de-Hull continue de leur peser. «Aujourd'hui, je suis toujours, sinon plus découragée qu'il y a trois ans et demi», raconte Geneviève.

***

À la source de ce découragement, de récentes statistiques divulguées par la Ville de Gatineau: plus de la moitié des résidents de l'Île-de-Hull ont déménagé entre 2006 et 2011.

En outre, les jeunes couples désertent le centre-ville pour aller élever leur famille en banlieue. Ainsi, 63% des logements de Hull sont occupés par des ménages non familiaux (contre 45% ailleurs à Gatineau). 

Autre phénomène préoccupant: 80% des résidents de l'Île sont des locataires. En clair, les propriétaires occupants, comme eux, préfèrent vendre ou louer plutôt que d'investir dans la rénovation de demeures qui datent des années 1960.

«Malgré les belles promesses, il y a de moins en moins de monde au centre-ville. Et ce ne sont pas les nouveaux condos qui pullulent qui changeront la donne», regrette Geneviève.

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Geneviève est convaincue que la solution nous pend au bout du nez. «Elle s'adresse autant aux promoteurs qu'au maire: proposez des projets à des prix raisonnables qui s'harmonisent avec l'ensemble du quartier et qui visent également les familles, pas seulement les personnes nanties célibataires. Plus il y aura de familles, plus il y aura de services. Une famille, ça densifie assez rapidement un quartier...»

De fait, Gatineau tente de trouver des moyens pour inciter les promoteurs à inclure davantage de logements abordables dans leur projet, explique la conseillère Myriam Nadeau, présidente de la commission d'habitation. Mais elle dispose de peu d'outils pour y arriver - autre que de négocier dur au moment d'approuver les projets. 

C'est que certains programmes incitatifs sont passés au couperet ces dernières années. Québec a mis la hache dans les programmes Accession à la propriété et Rénovation Québec qui permettaient jadis de subventionner l'acheteur d'une nouvelle maison sur l'Île-de-Hull. 

Gatineau a maintenu à ses frais le volet «rénovation». Mais avec une enveloppe annuelle de 1,2 million pour tout le territoire, c'est insuffisant pour rameuter les gens au centre-ville. Quant au programme d'accession à la propriété, il est question de le rétablir dans le prochain budget.

En attendant, Gatineau examine aussi des «outils complémentaires» pour revitaliser l'Île-de-Hull. Il est question de travailler avec la commission scolaire pour corriger la mauvaise réputation des écoles de l'Île-de-Hull.

Malgré tout, Geneviève Guilmette garde espoir.

«Pour le moment, nous résistons. Nous planifions refaire le revêtement extérieur de notre maison, car nous croyons encore que les familles ont leur place en ville. Surtout, nous croyons que chaque résident est le moteur de la revitalisation. Appelons ça l'effet domino. Si ma maison est belle, le voisin aura le goût de faire de même...»

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