La vie après la mort d'un enfant-soldat

«Je veux faire une différence, dit Emmanuel Jal.... (Etienne Ranger, LeDroit)

Agrandir

«Je veux faire une différence, dit Emmanuel Jal. Tu fais un petit quelque chose. Je fais un petit quelque chose. À la fin, on peut faire de grandes choses ensemble.»

Etienne Ranger, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CHRONIQUE/ Difficile de croire que ce gars-là, qui resplendit de vie et d'espoir, a passé une partie de son enfance avec une Kalachnikov en bandoulière.

À l'âge où nos enfants jouent au soccer et vont à l'école, Emmanuel Jal apprenait à tuer dans un camp secret de l'Armée populaire de libération du Soudan.

Enrôlé de force à l'âge de 8 ans, il n'a jamais vu les combats durant ses quatre années d'enfer. Mais des morts, il en a vu. Des tas. Et pas des morts virtuels comme dans les jeux vidéo. «J'ai été élevé en voyant des gens mourir tout le temps», dit-il. 

Parmi les milliers d'enfants-soldats recrutés de force au Soudan, plusieurs sont sortis traumatisés à jamais. Pas Emmanuel Jal. À 36 ans, l'ex-enfant-soldat est devenu rappeur et activiste.

En plus d'endisquer, il donne des conférences dans les écoles, il amasse des fonds pour construire des écoles en Afrique et il participe à des rassemblements pour la paix.

Mercredi, Emmanuel Jal est entré comme une rock-star dans l'auditorium de l'école secondaire Garneau d'Ottawa. L'artiste de Toronto a descendu l'escalier en chantant. Les jeunes criaient: «We want peace» en levant les deux doigts.

Emmanuel les a fait danser, il les a fait chanter, il leur a raconté son histoire pour les faire réfléchir sur le sens de la vie et sur leur capacité à changer le monde. Le sujet aurait pu être lourd. Mais ce gars-là a le don de vous faire voir les choses autrement...

Il leur a parlé de son enfance au village. Des chèvres, des poulets. De la fois où une poule a inséré sa tête dans le cul d'un gros chat. «Si vous saviez comment je trouvais ça drôle», a-t-il dit, en implorant les jeunes de ne pas le poursuivre en justice pour le punir de raconter de telles histoires...

Il leur a raconté quand sa mère est morte. Sa fuite du village à cause de la guerre. Il a raconté les morts sur le long chemin de l'Éthiopie. Son enrôlement de force dans l'armée. Sa fuite désespérée, quatre ans plus tard...

Le bas-fond, il l'a atteint alors qu'il était en cavale avec des camarades d'infortune. Ils n'avaient rien à manger. Quand l'un d'eux mourait de faim, les vautours se précipitaient pour le déchiqueter. Quelqu'un a pensé: pourquoi le laisser aux oiseaux? Pourquoi on n'en prendrait pas un morceau nous aussi?

À partir de ce jour-là, chacun s'est mis à considérer son camarade comme un repas potentiel. Le jour où son ami s'est écroulé à ses côtés, Emmanuel Jal a vécu le pire dilemme de sa vie. Incapable de se résoudre à le manger, Emmanuel a prié. Il a imploré sa mère. Maman, aide-moi...

Le lendemain, un corbeau s'est perché sur un arbre. Son copain, qu'il croyait mort, a dégainé son arme et abattu le volatile. L'oiseau s'est écrasé aux pieds d'Emmanuel. Ils ont mangé le corbeau.

Il a été sauvé par une travailleuse anglaise qui l'a aidé à quitter le pays et lui a procuré une éducation. Il dit que c'est l'éducation qui lui a sauvé la vie en lui faisant réaliser qu'il n'était pas le seul dans le monde à souffrir.

Dis-moi, Emmanuel, après tout ce que tu as enduré, comment fais-tu pour être si... en vie? «C'est possible, a-t-il répondu en haussant les épaules. Nelson Mandela l'a fait. Gandhi. Le Dalaï-Lama. Pourquoi pas moi?»

Il a invité les jeunes à se trouver une cause. À changer ce monde qu'il ne trouve pas si désespérant malgré la guerre, le terrorisme. 

Toi, Emmanuel, tu veux changer le monde? «Je veux faire une différence. Tu fais un petit quelque chose. Je fais un petit quelque chose. À la fin, on peut faire de grandes choses ensemble.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer