Comme une odeur de règlement de compte

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Furieux, un parent, Martin Deschênes, a écrit à la directrice, lui reprochant d'enfreindre le code des valeurs de l'école.

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CHRONIQUE / Je vous résume l'histoire. Le jour de son anniversaire, la directrice générale du Séminaire du Sacré-Coeur, Carole Crevier, répond ceci à une amie qui lui présente ses voeux sur Facebook: «J'aurais bien besoin d'une personne comme toi dans mon pool de profs constipés.»

Les professeurs du réputé collège privé de Grenville-sur-la-Rouge, fréquenté par de nombreux élèves de l'Outaouais, n'ont pas apprécié. Des parents non plus. Certains ont eu vite fait de répercuter et de commenter les propos de la directrice sur les médias sociaux. En rappelant les trois grandes valeurs du collège: respect, honneur, excellence...

Le même jour, toujours sur Facebook, Carole Crevier propose à une autre amie de l'aider à réaliser son rêve maintenant qu'elle est directrice. Quel rêve? demande son amie. «Celui d'ouvrir une école pour les ados poqués», répond Carole Crevier.

Nulle part dans son intervention, la directrice n'associe les «ados poqués» aux élèves du séminaire. N'empêche, le mal est fait. Sur Facebook, les parents se sont mis à signer leurs interventions: mère ou père d'un enfant poqué...

Furieux, un parent, Martin Deschênes, a écrit à la directrice en lui reprochant d'enfreindre le code des valeurs de l'école. «Vous ne méritez pas ce corps professoral, nos enfants, notre école», tempête-t-il.

L'affaire a pris une telle ampleur que le député de Papineau, Alexandre Iracà, s'en est mêlé. Dimanche, il s'est rendu à Papineauville pour signer une pétition réclamant la démission de la directrice.

«Bravo à tous les étudiants qui ont à coeur les valeurs du Séminaire du Sacré-Coeur», s'enflamme le député Iracà sur sa page Facebook.

***

Comment a réagi la directrice?

Carole Crevier a admis sa faute et présenté ses excuses. «Pendant un court instant, le jour de ma fête (un dimanche), j'ai oublié toutes les responsabilités et les obligations liées à ma tâche de directrice générale. [...] C'est un grand manque de jugement de ma part et une leçon d'humilité.» 

Toutefois, Mme Crevier souligne qu'elle n'a commis «aucune faute professionnelle grave». C'est aussi l'avis du président du conseil d'administration du séminaire, Michel Buteau, qui lui a réitéré sa confiance.

Affaire classée? Loin de là...

L'an dernier, la direction avait durement réprimandé une jeune fille qui avait publié sur sa page Facebook des commentaires négatifs à propos du séminaire.

L'étudiante avait été exclue des équipes sportive, bannie des olympiades et privée de son titre de présidente de l'école. Pour sa mère Marie-Josée Prévost, il est clair que la directrice de l'école jouit d'un traitement de faveur. «C'est du deux poids, deux mesures!» dit-elle.

***

Ce que j'en pense?

Qu'il y a comme une odeur de règlement de compte dans cette affaire. En place depuis deux ans, Mme Crevier tente d'implanter de nouvelles façons de faire dans un collège attaché à ses vieilles habitudes. Et de toute évidence, elle dérange. Et pas à peu près.

Il me semble aussi que le député de Papineau, Alexandre Iracà, oublie tout sens de la mesure en exigeant la démission de la directrice. Son fils fréquentait le séminaire l'an dernier avant que la direction ne lui demande de quitter l'école. Dans ce dossier, il est en apparence, sinon carrément en conflit d'intérêts. À tort ou à raison, M. Iracà a l'air de vouloir se venger.

Tout cela n'excuse pas les déclarations de la directrice. Qu'en 2016, on puisse encore s'imaginer que ce qu'on écrit sur Facebook ne pourra pas être retenu contre nous dépasse l'entendement. Elle a commis une erreur de jugement, elle le reconnaît. Sans doute qu'elle mérite une sanction.

Maintenant, y a-t-il la moindre chance, dans le climat actuel de lynchage public et de règlement de comptes, qu'on impose à la directrice une sanction en lien avec la gravité objective de sa faute?

J'en doute. Et c'est le plus triste de l'affaire.

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