Se compliquer la vie

Pour se conformer aux nouvelles normes de Québec,... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Pour se conformer aux nouvelles normes de Québec, des centres d'hébergement de l'Outaouais, comme le Foyer du Bonheur, devraient changer de nom.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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CHRONIQUE / Si vous saviez à quel point je lutte pour ne pas sombrer dans la démagogie. Certains jours, c'est un combat de tous les instants.

Ainsi, le ministère de la Santé revoit la dénomination de ses hôpitaux, CHSLD et CLSC dans le cadre de la douloureuse réforme du ministre Gaétan Barrette.

Pour se conformer aux nouvelles normes de Québec, des centres d'hébergement comme le Foyer du Bonheur, La Pietà, Bon Séjour, Manoir Sacré-Coeur et Renaissance devraient changer de nom en Outaouais.

La raison?

Imaginez-vous que la dénomination de l'établissement ne reflète pas sa mission. L'heure est grave!

(Désolé, je sombre déjà dans la démagogie. Faites attention, c'est contagieux.)

Le ministère de la Santé veut donc uniformiser ses pratiques en suivant les règles de toponymie en vigueur dans le milieu municipal. 

Les nouvelles dénominations devront comprendre deux mots: un mot générique (hôpital, CHSLD, CLSC) et un mot spécifique qui fait référence soit à un lieu géographique, soit à une personne significative décédée depuis au moins un an.

Alors un nom comme le Foyer du Bonheur, ça ne colle pas. Ça ne cadre plus dans ce bel effort d'uniformisation de la part du ministère de la Santé. 

Même le mot Bonheur est à proscrire, selon les nouvelles normes.

Que dites-vous? Que ça ne vous surprend pas? Que le bonheur ne cadre pas avec la norme ministérielle d'un bain par semaine pour les résidents de CHSLD?

Là, c'est vous qui sombrez dans la démagogie!

***

Vous vous en doutez bien, il n'y a pas un patient dans le réseau de la santé qui a réclamé qu'on uniformise les noms des établissements. C'est une directive qui vient d'en haut et qui répond à une logique strictement administrative.

Est-ce que quelqu'un se plaignait avant qu'on envisage de changer le nom du Foyer du Bonheur ou de la Pietà? Non. Est-ce que des gens se plaignent maintenant? Oui, parce que bien des résidents sont attachés à leur appellation actuelle.

Le ministère de la Santé n'est pas totalement à blâmer. Il a prévu une procédure de dérogation quand le nom d'un établissement est chargé d'histoire. Dans le cas des cinq établissements de l'Outaouais mentionnés plus haut, il y a une demande de dérogation en cours d'examen. Alors, pas de panique.

N'empêche qu'il y a dans cet exercice purement administratif quelque chose de contre-productif. A-t-on vraiment du temps à perdre avec de telles bêtises alors que le système de santé croule de partout?

C'est comme si certains croyaient que les mots se salissaient à l'usage et qu'il fallait les décontaminer à l'occasion. Quand on ne peut plus dire un foyer de vieux, on invente des acronymes. Et dès qu'on s'est habitué à CHSLD ou CLSC, on nous en propose d'autres dans un souci constant d'aseptisation du langage.

Au cours des dernières années, on a dû composer avec la Régie de la santé et des services sociaux, devenue l'Agence de la santé et des services sociaux, puis le Centre intégré de la santé et des services sociaux de l'Outaouais. Et j'en passe.

On nous dit que l'exercice vise à faciliter la compréhension des usagers. Le mot hôpital, c'était trop compliqué?

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