Jusqu'où on se sacrifie?

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L'Université d'Ottawa doit décider si elle retire ses investissements dans l'industrie pétrolière. Une décision plus complexe qu'en apparence.

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CHRONIQUE / L'Université d'Ottawa se pose une question existentielle, ces jours-ci. Doit-elle se délester de la totalité de ses actions dans Shell, Enbridge, Suncor et plusieurs autres industries reliées aux énergies fossiles?

Cette question que l'institution d'enseignement se pose, le monde entier y est confronté depuis la Conférence mondiale de Paris sur le climat. Jusqu'où le monde est-il prêt à se sacrifier pour contrer la menace climatique?

À part peut-être le Tea Party aux États-Unis, plus personne ne conteste le dérèglement climatique. Le débat porte maintenant sur l'urgence d'agir pour en contrer les effets potentiellement catastrophiques sur l'espèce humaine.

Là-dessus, les avis demeurent partagés.

Alors que certains prônent des mesures radicales, d'autres favorisent une approche plus graduelle. Jusqu'à maintenant, la plupart des universités nord-américaines qui ont subi des pressions pour désinvestir dans le secteur des hydrocarbures ont décidé d'y aller progressivement.

Et ce n'est pas pour rien.

•••

D'un point de vue moral, il y a un malaise évident à voir l'Université d'Ottawa investir des millions dans une industrie qu'on sait toxique pour la planète, alors que sa mission est d'assurer l'avenir de la jeunesse.

C'est d'ailleurs le point de vue défendu par 116 membres du corps professoral de l'Université d'Ottawa. Dans une lettre au recteur Allan Rock, ils exhortent l'institution à retirer ses billes des sociétés de combustibles fossiles pour privilégier les énergies renouvelables.

Tout cela est bien beau... en théorie.

Le hic, c'est qu'une université qui pousse cette logique jusqu'au bout ne se contenterait pas de bannir l'industrie pétrolière de son portefeuille d'actions.

Elle retirerait aussi son argent des industries qui découlent directement des énergies fossiles. À commencer par les manufacturiers automobiles, les concessionnaires, les fabricants de pièces d'autos... Et tant qu'à y être, les constructeurs d'avions (Bombardier et les milliers d'emplois du secteur de l'aéronautique!), l'industrie chimique, voire les fabricants d'engrais, qui dépendent aussi des hydrocarbures, et qui font la différence entre une récolte et la famine dans certaines contrées du monde.

En se drapant dans la vertu pour prendre ses distances d'une industrie de plus en plus contestée, l'Université d'Ottawa risque donc de plonger dans d'autres dilemmes moraux tout aussi déchirants.

•••

Aux yeux de l'analyste financier Robert Gorman, l'Université d'Ottawa ferait erreur en bannissant toutes les industries de combustibles fossiles de ses fonds d'investissement. Un geste qui, de toute manière, risque de passer inaperçu au sein d'un secteur qui engrange des milliards de profits.

M. Gorman juge préférable de continuer à investir dans le secteur des hydrocarbures, mais en sélectionnant avec soin les sociétés les plus performantes en matière environnementale. C'est ce que fait déjà l'Université d'Ottawa, note-t-il, en évitant les placements dans la très polluante industrie du charbon.

Mais pour les partisans du désinvestissement, la menace climatique est devenue trop pressante pour accepter les demi-mesures. « Si toutes les institutions d'enseignement se retirent massivement de l'industrie des carburants fossiles, on peut lancer un signal fort », a fait valoir Annie Bérubé d'Équiterre, invitée à la même table ronde que M. Gorman, lundi, à l'Université d'Ottawa.

Même d'un point de vue économique, il devient de plus en plus risqué d'investir dans les énergies fossiles, avance-t-elle sur la base d'un rapport de la Banque HSBC. L'industrie pétrolière est plus réglementée, le prix du baril est à son plus bas et la concurrence des énergies vertes plus vive que jamais.

Un beau débat en perspective pour le Bureau des gouverneurs de l'Université d'Ottawa qui devra trancher, le 22 avril prochain.

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