La liberté de parole avant tout

Un professeur de l'Université d'Ottawa se dit victime... (Archives LeDroit)

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Un professeur de l'Université d'Ottawa se dit victime d'intimidation après la publication d'une lettre ouverte dans LeDroit.

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CHRONIQUE / J'ai toujours pensé que les professeurs d'université faisaient partie de la catégorie de libres penseurs.

Or voici qu'un professeur de l'école de traduction et d'interprétation de l'Université d'Ottawa, Charles Le Blanc, se dit victime d'une « tentative d'intimidation » après avoir publié une lettre d'opinion corrosive dans LeDroit, la semaine dernière.

M. Le Blanc y exigeait la démission de la présidente-directrice générale du Bureau de la traduction du gouvernement fédéral, Donna Achimov, à qui il reproche son approche trop axée sur la rentabilité.

Le professeur est convaincu que le Bureau de la traduction fait fausse route en imposant à tous les fonctionnaires fédéraux un nouvel outil de traduction automatique de style Google translation pour leurs communications internes.

Le plus troublant dans cette affaire, c'est que l'Université d'Ottawa semble plus pressée de soigner ses relations avec le gouvernement fédéral que de défendre la liberté d'expression d'un de ses professeurs.

Troublant parce que dans notre société dominée par des intérêts économiques et politiques, il reste peu d'électrons libres capables de livrer le fond de leur pensée sans s'exposer à des représailles.

•••

Peut-être bien que M. Le Blanc a poussé la note en réclamant la démission d'une haute fonctionnaire du gouvernement fédéral. Il aurait pu se contenter d'exprimer son désaccord sans aller plus loin. L'affaire n'aurait pas fait tant de vagues.

Il n'en reste pas moins qu'un prof d'université a le droit de faire valoir son point de vue sur une matière d'intérêt public, surtout lorsqu'elle dépend directement de sa compétence comme c'est le cas ici.

Je dirais même plus : c'est ce que nous attendons de nos professeurs d'université. Qu'à la lumière de leurs recherches et de leurs analyses, ils nous éclairent plus largement sur les enjeux d'actualité. Même si le portrait qu'ils dressent ne plaît pas à tout le monde.

•••

Quelle a été la réaction de Mme Achimov à la lettre du professeur Le Blanc?

Elle a écrit une lettre de désapprobation qu'elle a fait parvenir à la patronne du professeur, de même qu'à des gens haut placés au gouvernement fédéral. Dans sa missive, elle souligne des « erreurs factuelles » du professeur Le Blanc - sans préciser lesquelles.

Si ce n'est pas une tentative d'intimidation, ça ressemble drôlement à une tentative de faire taire une voix dérangeante.

Plus déconcertante encore est la réaction de la directrice de l'école de traduction et d'interprétation de l'Université d'Ottawa, Luise von Flotow.

Dans sa réponse à Mme Achimov, elle se dissocie avec empressement des propos de son professeur, tout en souhaitant que la lettre de M. Le Blanc ne nuise pas aux bonnes relations entre leurs deux institutions.

L'empressement de Mme von Flotow à rassurer Mme Achimov surprend d'autant plus qu'elle ne semble pas avoir pris la peine de vérifier les « erreurs factuelles » alléguées par cette dernière. C'était pourtant la première chose à faire!

D'un point de vue démocratique, l'enjeu premier pour l'Université d'Ottawa n'était pas de préserver une relation privilégiée entre deux partenaires institutionnels.

C'était, avant tout, de s'assurer que le droit à une prise de parole indépendante du professeur n'avait pas été brimé.

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