Le combat féministe

La ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault... (Jacques Boissinot, Archives PC)

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La ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault

Jacques Boissinot, Archives PC

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CHRONIQUE / Bien sûr que je suis féministe.

Et je le serai tant que des inégalités existeront entre les hommes et les femmes.

Le premier ministre Justin Trudeau a raison quand il dit qu'homme ou femme, on ne devrait jamais avoir peur de dire qu'on est féministe.

Ce n'est d'ailleurs pas si difficile à dire pour peu qu'on comprenne que le féminisme ne se nourrit pas de la haine des hommes, mais bien d'une revendication pour l'égalité des sexes.

Être féministe, c'est d'abord refuser le mythe de l'égalité acquise. C'est reconnaître qu'il subsiste encore des rapports de domination des hommes sur les femmes - même si on est en 2016. Affirmer le contraire relève du nombrilisme ou d'une situation de privilège.

De prétendre, comme l'a fait la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, qu'on n'a pas subi l'oppression des hommes pour atteindre le pouvoir ne signifie pas que les inégalités ont cessé d'exister.

C'est vrai qu'au Québec, le mouvement féministe a revendiqué et obtenu des politiques publiques qui ont permis d'atteindre une relative égalité - même si la rigueur budgétaire des dernières années en remet de grands pans en question.

Il suffit de sortir du cocon national pour réaliser que les sociétés n'ont pas toutes le luxe de se payer un débat sur le sens du mot féminisme, comme vient de le faire le Québec.

Au plan international, les femmes demeurent largement désavantagées. L'écart des chances économiques entre les deux sexes est si grand qu'au rythme où vont les choses, il faudra encore 118 ans pour le combler, révélait mardi le Global Economic Forum.

Et puis, le féminisme n'est pas qu'un ensemble de revendications. C'est plus que ça. C'est une révolte, une indignation, voire une colère contre les inégalités liées au sexe.

Pas pour rien que les féministes passent encore aujourd'hui, le plus souvent à tort, pour des harpies frustrées et grincheuses.

Dans les faits, le féminisme n'est pourtant pas l'affaire d'un seul sexe.

Les hommes ont tout autant le droit de s'indigner devant le spectacle d'une femme traitée comme une moins que rien sous le seul prétexte qu'elle est une femme.

Alors bien sûr que je suis féministe.

Je le suis encore plus quand je constate à quel point l'égalité relative des sexes est fragile. L'avènement des médias sociaux devait permettre aux femmes de s'affirmer davantage, de défendre leurs droits, d'aspirer à une plus grande égalité et à une plus grande justice.

Le paradoxe, c'est que les mêmes médias sociaux font émerger ce qu'il y a de pire chez l'humain. Sur Facebook ou Twitter, les gens se permettent des propos qu'ils n'oseraient jamais tenir dans l'espace public.

On le constate ces jours-ci avec cette femme de Gatineau, enceinte et mère de cinq enfants, qui vient de se faire évincer de son logement. Sous prétexte qu'elle a dansé nue (ce qu'elle nie) et travaillé au noir (ce qu'elle nie aussi), elle s'est fait lyncher sur les médias sociaux de la manière la plus offensante et cruelle qui soit, à grands coups de commentaires sexistes et rabaissants.

Plutôt que de lancer un débat de fond sur le phénomène de l'itinérance et de l'aide sociale, des médias locaux ont préféré doper leurs cotes d'écoute avec cette histoire, en ouvrant leurs lignes ouvertes et leurs sites internet aux charognards.

Preuve que le féminisme a encore des combats à mener.

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