L'image de la pauvreté

Là où plusieurs voient une controverse sur l'assistance... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Là où plusieurs voient une controverse sur l'assistance aux plus démunis, le coordonnateur de Logemen'occupe, François Roy, voit une famille de cinq enfants qui va bientôt se retrouver dans la rue.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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CHRONIQUE / La première version de l'histoire est à vous arracher des larmes. Incapable de payer le loyer, une mère enceinte et ses cinq enfants se retrouveront à la rue, lundi, à Gatineau, en plus de se faire saisir leurs meubles.

Ça, c'est l'histoire qui est sortie dans les médias après la conférence de presse de François Roy, coordonnateur de Logemen'occupe jeudi. Une histoire qui attire immédiatement la sympathie et la pitié. L'organisme se spécialise d'ailleurs dans ce type de point de presse, qui braque les projecteurs sur une famille sur l'aide sociale à la veille de se retrouver à la rue.

Mais cette fois-ci, une deuxième version, pas mal plus trash, a émergé sur les ondes du 104,7 FM vendredi midi. Des gens ont appelé à la station pour signaler que la mère avait travaillé au noir comme danseuse nue. Ce que la mère a nié catégoriquement lors d'une entrevue avec Roch Cholette.

Vous n'avez jamais fait de travail au noir? a insisté l'animateur. La mère a dit qu'elle avait fait des ménages dans sa jeunesse, mais que ses revenus n'ont pas dépassé les règles établies par l'aide sociale.

Jusqu'à présent, il n'y avait rien que des présomptions à l'endroit de la mère.

Mais sur les médias sociaux, les internautes n'ont jamais eu besoin de preuves pour lyncher quelqu'un. Et ça n'a pas manqué encore cette fois-ci.

À quelqu'un qui la traitait de lâche et l'exhortait à retourner sur le marché du travail, la mère a rétorqué: «jtravaille justement kan shui pas enceinte ta yeule domer desti. jva avoir mon logis demain maison de luxe a 342 piace par moisssss..BS pas riche cest de meme que ca marche.»

Chez Logemen'occupe, François Roy était furieux contre Cholette et la station 104,7. «C'est du salissage! De la radio-poubelle! On colporte des préjugés gros comme le bras à l'égard des plus démunis. Cholette ne fait pas des sorties contre les BS corporatifs, contre les crapules riches», a-t-il pesté.

***

Moi, je trouve que la station de radio a fait son travail - jusque dans une certaine mesure. À partir du moment où tu reçois des informations voulant qu'une personne qui réclame l'aide du système a peut-être fourré le même système, des vérifications s'imposent.

C'est ce que le 104,7 a fait.

Sauf qu'à partir du moment où la mère nie tout et que les allégations ne demeurent rien d'autre que des allégations, l'histoire devrait s'arrêter là, faute de preuves. Alors qu'au 104,7, on a débuté la ligne ouverte là-dessus. 

On aurait pu choisir de raconter le reste de l'histoire.

Il restait à dire que François Roy s'est fait prendre à son propre jeu. L'homme est très intelligent et il a compris depuis longtemps le parti qu'il pouvait tirer du pouvoir des médias en leur jetant en pâture des histoires capables de tirer des larmes à leur auditoire.

Sauf que lorsque l'image projetée ne colle pas avec la plate réalité, quand on réalise que les miséreux ne menaient peut-être pas la vie vertueuse qu'on leur prêtait, il s'en trouve pour jeter la pierre à François Roy. Pour dire qu'il aurait dû mieux vérifier les antécédents de la famille à laquelle il vient en aide.

Alors que ça n'a strictement rien à voir.

Un gars comme François Roy n'a pas à jouer au curé du village. Il n'a pas à mesurer l'élévation morale des gens à qui il prête son bras ou à les faire passer par le confessionnal.

Dans ce cas-ci, il a vu l'essentiel de ce qu'il devait voir: une mère enceinte et ses cinq enfants qui vont se retrouver à la rue faute de pouvoir subvenir à leurs besoins avec les revenus d'aide sociale. Le fait que la mère ne se laisse pas piler sur les pieds n'est pas un crime en soi!

«On n'est pas naïfs, a dit François Roy. On sait bien que les gens qu'on aide ne sont pas tous des enfants de choeur. Mais à partir du moment où on met des programmes en place pour lutter contre l'itinérance, on va les aider. Et dans le cas de cette famille, il y a une chose que je sais, c'est qu'ils s'occupent bien de leurs enfants.»

C'est l'essentiel.

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