Trop de précipitation

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Un débat moralement aussi délicat et épineux que l'aide médicale à mourir ne devrait pas se faire avec un fusil sur la tempe, estime notre chroniqueur.

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CHRONIQUE / Un débat moralement aussi délicat et épineux que l'aide médicale à mourir ne devrait pas se faire avec un fusil sur la tempe.

À l'extérieur du Québec, on est pourtant en train d'expédier à toute vapeur ce débat qui exige un maximum de doigté.

En raison de l'échéance qui lui est dictée par la Cour suprême, Ottawa a jusqu'au 6 juin pour accoucher d'une loi encadrant l'aide médicale à mourir. C'est peu de temps pour tenir un débat public sain, réfléchi et le moins partisan possible sur le sujet.

Au Québec, il s'est écoulé cinq ans entre le moment où la commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité a été créée, le 4 décembre 2010, et l'entrée en vigueur de la Loi concernant les soins de fin de vie, le 10 décembre dernier. Cinq ans d'un débat respectueux, réfléchi et non partisan ayant mené à l'adoption d'une loi qui fait largement consensus au sein de la société québécoise, malgré des réticences encore bien présentes au sein de la profession médicale. Et Ottawa devrait boucler tout l'exercice en... quelques semaines?

C'est fou.

D'autant plus que le débat est bien mal engagé. Même le comité parlementaire mixte qui a émis ses recommandations au gouvernement Trudeau, jeudi, n'est pas arrivé à sortir du cadre de la partisanerie. Les députés conservateurs qui y siégeaient se sont dissociés de leurs collègues pour y aller de recommandations séparées.

L'autre chose qui risque de poser problème, c'est que certaines recommandations du comité vont beaucoup plus loin que ce que le Québec a inclus dans sa propre loi. On suggère notamment à Ottawa d'offrir l'aide médicale à mourir aux mineurs, de même qu'aux gens atteints de troubles mentaux ou de maladies psychiatriques.

Or s'il y a des sujets sensibles, ce sont bien ceux-là. Doit-on accorder l'aide médicale à mourir à quelqu'un qui souffre de dépression? Est-ce qu'une personne dépressive ou bipolaire est en mesure de faire un choix éclairé sur une telle question de vie ou de mort? Toutes ces questions méritent d'être débattues en toute sérénité, pas dans la précipitation.

Le comité parlementaire se gargarise d'avoir entendu 61 témoins en plus d'avoir reçu plus d'une centaine de mémoires avant de remettre ses recommandations au gouvernement Trudeau jeudi.

C'est bien beau.

Mais au Québec, on a pris le temps de bien faire les choses. Une commission itinérante multipartite a fait le tour de la province pour recueillir les avis de tous ceux qui désiraient s'exprimer avant d'accoucher d'un rapport unanime à l'Assemblée nationale.

C'est à se demander si la Cour suprême n'outrepasse pas ses pouvoirs en dictant des échéances artificielles aux parlementaires pour édicter de nouvelles lois. Peut-être que les juges de la plus haute cour au pays ont voulu contrer la vilaine habitude de Stephen Harper à défier leurs décisions...

Et c'est vrai que l'ancien gouvernement conservateur montrait peu d'empressement à donner suite à l'arrêt Carter.

Le résultat final est qu'on se retrouve aujourd'hui à précipiter un débat qui ne devrait pas l'être au Canada. Sur des questions comme l'aide médicale à mourir, il faut laisser le temps aux gens de mûrir leur réflexion. Il y a toutes les chances que ça prenne plus qu'un an ou deux pour y parvenir.

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