Jutra livré à la vindicte populaire

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En abordant avec autant de légèreté le prétendu goût de Claude Jutra pour les jeunes hommes, Yves Lever a livré le cinéaste à la vindicte populaire.

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CHRONIQUE / Si le biographe de Claude Jutra voulait traiter des moeurs sexuelles du célèbre cinéaste dans son ouvrage, et bien, il aurait dû y aller à fond.

Il y a des sujets trop graves, trop lourds de conséquences, pour qu'on les effleure à coups de vagues allégations et de déclarations anonymes, comme l'a fait Yves Lever dans son livre sorti mardi.

Si le professeur de cinéma et critique à la retraite détient, comme il le prétend, «les preuves qu'il faut» pour homologuer la pédophilie du réalisateur, il aurait dû les produire.

Sinon, qu'il se taise!

Les médias se trouvent régulièrement appelés à vérifier des allégations de toutes sortes. La règle générale est qu'il faut des preuves solides pour publier quelque chose qui risque d'entacher la réputation d'un individu.

Or s'il y a un crime grave pour lequel le degré de tolérance s'approche du zéro absolu dans notre société, c'est bien la pédophilie.

Ce n'est pas le genre de sujet qu'un biographe peut traiter juste en passant, sur quatre pages, sous prétexte que son livre ne porte pas spécifiquement sur la pédophilie.

La gravité des allégations lui imposait une obligation de fournir des preuves à la hauteur.

En abordant avec autant de légèreté le prétendu goût du cinéaste pour les jeunes hommes, Yves Lever a livré le cinéaste à la vindicte populaire.

Claude Jutra s'est fait lyncher, sans autre forme de procès, sur les médias sociaux.

Comble du malaise, c'est l'Académie des Jutra et Québec Cinéma qui joueront désormais le rôle de tribunal de la moralité dans cette affaire.

C'est à eux qu'incombera la responsabilité de décider si la statuette qui honore les grands de l'industrie du Septième Art au Québec continuera de porter le nom de Jutra.

Or les deux organismes n'ont ni la qualité d'un tribunal ni les moyens de faire enquête sur une affaire qui remontent à déjà quelques décennies.

De toute manière, on a l'impression que la cause est entendue d'avance. Déjà, des titulaires de prix Jutra confient qu'ils regardent leur statuette d'un sale oeil. La productrice Nicole Robert a appelé les Jutra à faire peau neuve et à se doter d'un nom «sans tache».

Qu'est-ce que ce sera au prochain gala, en mars?

On peut prédire, sans trop de risques de se tromper, que des lauréats lèveront le nez sur leur statuette si elle porte encore le nom de Jutra.

Dans tout le brouhaha causé par les révélations, ceux qui lancent un appel à la prudence et à la retenue, comme la ministre de la Culture, Hélène David, ont l'air de défendre l'indéfendable.

Le président de Québec Cinéma, Patrick Roy, a pourtant raison de souligner qu'il faut faire preuve de prudence et de vigilance dans ce contexte particulier où les sources sont anonymes et où aucune accusation n'a été portée.

Il ne s'agit pas ici de prendre la défense d'un présumé pédophile qui est mort dans des circonstances tragiques, il y a 30 ans, et qui n'est plus là pour se défendre.

Il s'agit plutôt de faire triompher les principes d'un État de droit qui permet à chacun de jouir, jusqu'à preuve du contraire, de la présomption d'innocence.

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