Un patrimoine religieux fragile

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La Table du patrimoine de l'Outaouais a célébré ses 10 ans d'existence, mercredi, en l'église Saint-François-de-Sales de Gatineau.

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / Même si on a beaucoup délaissé la pratique religieuse au Québec, on demeure très attaché à nos églises.

Mais on ne réalise pas à quel point la préservation de notre patrimoine religieux tient à peu de choses.

On a l'impression que l'État québécois veille au grain afin d'éviter la destruction d'un pan emblématique de notre histoire.

Et c'est vrai qu'en matière de préservation du patrimoine religieux, le gouvernement du Québec fait plus que les autres provinces du Canada, avec des investissements de 10 millions $ par année.

N'empêche, le rôle des pouvoirs publics dans la protection, la conservation, voire la propriété des lieux de culte demeure marginal au Québec par rapport à ce qui se passe dans les pays d'Europe.

En Outaouais, en tout cas, la lutte pour préserver le patrimoine religieux est souvent le fait de petits groupes isolés.

Ils se battent du mieux qu'ils peuvent, avec les moyens du bord, pour préserver leurs lieux de culte contre l'appétit des promoteurs immobiliers.

«Nos batailles pour faire protéger notre patrimoine s'avèrent souvent laborieuses et elles se terminent rarement sur une bonne note», regrette Chantal Crête, une citoyenne qui se bat depuis des années pour sauvegarder le domaine des pères Sainte-Croix à Lac-Simon.

Mercredi en tout cas, Chantal Crête se sentait moins seule.

La Table du patrimoine de l'Outaouais célébrait ses 10 ans d'existence en l'église Saint-François-de-Sales de Gatineau, sans doute l'un des plus beaux joyaux du patrimoine religieux de l'Outaouais.

La Table en a profité pour honorer quelques ardents défenseurs du patrimoine religieux, comme Mme Crête. «Quand on subit revers après revers, il est tentant de baisser les bras et de laisser s'installer le cynisme. C'est facile d'en arriver à croire qu'on perd notre temps, qu'on n'y arrivera jamais. Mais aujourd'hui, vous m'envoyez un tout autre signal. Merci...», a-t-elle dit.

En matière de protection du patrimoine religieux, ce sont les mauvaises nouvelles qui ont fait la manchette en Outaouais. Après l'église Saint-Paul d'Aylmer disparue dans un incendie criminel en 2009, c'est la petite communauté de Saint-Sixte qui a perdu son église dans un brasier l'an dernier.

Un large pan de l'histoire de Saint-Sixte s'est... (Julien Paquette, Archives LeDroit) - image 2.0

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Un large pan de l'histoire de Saint-Sixte s'est envolé le 6 juillet dernier.

Julien Paquette, Archives LeDroit

Pour faire contrepoids, la Table du patrimoine a voulu insister sur ses bons coups. Outre Mme Crête, elle a honoré sa présidente depuis 10 ans, Marie Roy, de même que Claire Leblanc, une bénévole de la Petite-Nation qui s'active depuis 20 ans.

On a aussi souligné trois projets: la transformation du presbytère St Stephen's de Chelsea en centre culturel; la réfection de la maison du gardien du cimetière Notre-Dame à Gatineau; et la restauration de l'église St-Paul de Shawville.

En tout, la Table a redistribué 4,3 millions $ en provenance du ministère de la Culture à 26 projets au cours de la dernière décennie. Les communautés ont contribué 1,9 million $ à l'ensemble des projets.

C'est peu quand on pense que la seule réfection de la toiture de l'église Saint-François-de-Sales a coûté 1,2 million.

***

Il s'en trouve pour penser que les luttes isolées pour préserver le patrimoine religieux du Québec ne suffisent plus. «Il faut aller au-delà des batailles à la pièce. C'est tout notre patrimoine qui est en péril», estime Chantal Crête. Elle a cosigné une lettre en forme d'appel de détresse au gouvernement Couillard au début du mois de février.

Deux membres de la Table du patrimoine de l'Outaouais, Richard Bégin et Michel Prévost, ont aussi signé la lettre, de même que des députés du NPD et des architectes de renom comme Phyllis Lambert et Marcel Junius. Ensemble, ils plaident pour une nouvelle approche de «conservation intégrée» en matière de protection du patrimoine architectural et naturel du Québec.

Vingt ans après la création du «modèle québécois» de préservation du patrimoine religieux, cela mérite réflexion.

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