Une école pas si gratuite

Quand on est rendu à demander aux parents... (Archives La Presse)

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Quand on est rendu à demander aux parents de financer des dépenses de base, il y a un sacré problème. Après les pupitres et les chaises, qu'est-ce que ce sera?

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CHRONIQUE / Il y a toujours bien des limites.

Quand c'est rendu qu'une école primaire exhorte ses élèves à vendre du chocolat pour se payer de nouvelles chaises et de nouveaux pupitres, ça n'a aucune espèce de bon sens.

Apparemment, à Gatineau, l'école de l'Odyssée est réduite à cette extrémité. Elle a envoyé une lettre aux parents pour leur demander de participer à une campagne de financement de 20 000$.

Avec cet argent, l'école compte financer des activités éducatives et culturelles - ce qui est encore dans les normes. Le problème, c'est que l'argent servirait également à acheter du matériel pédagogique, de même que... des pupitres et des chaises.

Parent d'une fillette qui fréquente l'école de l'Odyssée, Mathieu Larocque n'en revient pas.

«Est-on vraiment rendu là? Passe encore qu'on demande à nos enfants de vendre du chocolat pour payer un voyage de fin d'année ou des activités parascolaires. Mais pour acheter des pupitres et des chaises? C'en est presque révoltant.»

Comme il a raison.

On sait depuis longtemps que l'éducation gratuite pour tous au Québec est davantage un mythe qu'une réalité. Les parents doivent maintenant payer pour toute une panoplie de frais accessoires: cahiers d'exercices, agendas, photocopies et activités scolaires...

Mais quand on est rendu à demander aux parents de financer des dépenses de base qui relèvent du ministère de l'Éducation, il y a un sacré problème. Après les pupitres et les chaises, qu'est-ce que ce sera?

On demandera aux enfants de vendre du chocolat pour faire changer les fenêtres, réparer le toit qui coule ou repeindre le gymnase?

C'est peut-être signe qu'il est temps de réinvestir en éducation.

Pendant que l'on construit des écoles flambant neuves dans les quartiers en plein essor de l'ouest de Gatineau, on laisse d'autres écoles plus vieilles, comme celle de l'Odyssée, tomber en lambeaux.

***

Mathieu Larocque refuse de blâmer la direction de l'école de l'Odyssée. Il estime qu'elle fait son gros possible pour tirer son épingle du jeu dans le contexte d'austérité imposé par le gouvernement Couillard.

Je serais d'accord avec lui s'il n'y avait un autre enjeu caché derrière cette affaire.

L'école de l'Odyssée a fait affaire avec une entreprise privée de Québec, Humeur, pour organiser sa campagne de financement. 

Ce n'est pas un crime en soi.

Sauf que nulle part dans sa lettre, l'école n'informe les parents que seulement une fraction de la vente de chocolat, soit entre 44 et 60%, reviendra à l'école. Le reste couvrira les coûts du contrat avec l'entreprise privée.

Il y a là, à tout le moins, un problème de transparence. Les parents ont le droit de savoir à quoi serviront leurs dons.

Plusieurs commissions scolaires de l'Outaouais sont d'ailleurs défavorables à ce type de campagne de financement, qui favorise l'intrusion du privé dans la sphère scolaire et menace la neutralité de l'éducation.

La Commission scolaire des Draveurs ne fait pas exception. Elle compte faire des vérifications auprès de l'école de l'Odyssée qui ne l'avait pas mise au courant de son initiative.

Comme parents, on se retrouve la plupart du temps à vendre les tablettes de chocolat à la place de nos rejetons.

Alors qu'il existe une méthode beaucoup plus directe d'aider financièrement son école si on le désire. Il suffit de lui faire un don.

Non seulement on s'assure que 100% de notre contribution va à l'école, on reçoit également un reçu d'impôt pour notre peine.

C'est tellement plus simple que de vendre du chocolat.

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