La révolte de Marguerite

Marguerite Élias Quddus est une survivante de l'Holocauste.... (Simon-Séguin Bertrand, LeDroit)

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Marguerite Élias Quddus est une survivante de l'Holocauste.

Simon-Séguin Bertrand, LeDroit

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CHRONIQUE / Vous auriez dû entendre la révolte dans sa voix.

Comme un grondement sourd qui ne cessait d'enfler alors qu'elle défilait les dates, les morts, les horreurs, les humiliations...

Dans le théâtre du Musée canadien de l'histoire, mercredi, des étudiants du Collège Saint-Alexandre l'écoutaient, littéralement subjugués.

Après tout ce temps, Marguerite Élias Quddus n'a pas décoléré. Les années ont passé, la survivante de l'Holocauste est devenue une vieille dame chétive de 79 ans.

Mais la révolte qui bout en elle n'a jamais faibli.

«Je suis révoltée parce que moi-même, je n'ai jamais compris. Comment Hitler a-t-il pu être élu? Un raté comme lui!»

La petite fille de 5 ans qu'elle était au moment de la guerre n'a jamais compris pourquoi les grands autour d'elle s'entretuaient.

Ni pourquoi on les obligeait à porter une horrible étoile jaune qui leur valait insultes et crachats.

***

«J'ai été heureuse jusqu'à l'arrestation de papa, le 20 août 1940», a raconté Marguerite aux étudiants.

Ce jour-là, Churchill a prononcé un discours célèbre et Trotsky a été assassiné au Mexique.

La vie de Marguerite, elle, a basculé quand des policiers sont venus arrêter son père Maurice dans le logement familial du 11arrondissement de Paris.

Elle y vivait avec sa mère Rachel et sa grande soeur Ariette, entourés des fidèles clients de leur boutique, de gentils voisins et de trois collaborateurs qui les ont dénoncés aux Allemands.

Il était six heures du matin. Elle se souvient des officiers qui hurlaient, du chien qui aboyait à tue-tête, de son père qui descendait les marches en chemise de nuit. Sa soeur et elle, pieds nus, se sont cachées derrière un rideau, complètement terrifiées.

Ils ont arrêté son père, de même que le dentiste et le docteur qui habitaient l'immeuble voisin.

Sa mère a juste eu le temps de tendre une petite valise à son père. Sans lui laisser le temps de se raser ou d'embrasser ses enfants, les officiers l'ont entraîné à leur suite comme un criminel.

«Ce qu'il a fait de mal? Il était juif», gronde Marguerite. Soixante-dix ans plus tard, elle a encore la rage au coeur.

Marguerite Élias Quddus en compagnie de son père... (Courtoisie) - image 2.0

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Marguerite Élias Quddus en compagnie de son père Maurice, sa mère Rachel et sa grande soeur Ariette

Courtoisie

Son père avait fui les pogroms de sa Russie natale pour s'établir en France. Même si on lui refusait la nationalité française, il avait pris les armes lors de l'invasion allemande.

Par souci du devoir pour ce pays qu'il aimait tant. Au lieu de le remercier, on l'a dénoncé aux Allemands...

«Je ne peux pas accepter qu'on l'ait fait souffrir ainsi, reprend Marguerite. Mon père était un homme formidable. C'était quelqu'un d'extrêmement gentil, de très doux, il jouait avec moi. Je donne des conférences pour que les enfants apprécient ce qu'ils ont. Parce que moi, un jour, j'ai tout perdu.»

Après son arrestation, son père a été transféré au camp de Drancy, puis vers le camp de la mort d'Auschwitz. Il a été gazé en avril 1942.

Avec sa soeur, Marguerite a passé le reste de la guerre à vivre sous une fausse identité dans des fermes et des couvents. Deux fillettes contraintes de mentir pour survivre.

Dans un poème qu'elle a récité aux étudiants de St-Alex, elle se demande si son papa avait la foi quand il est entré, nu, dans la chambre à gaz. «Moi, j'ai perdu la foi sitôt que j'ai su que tu étais mort», dit-elle.

Après la conférence, je suis allé la voir, je lui ai dit qu'elle ne me semblait pas une personne qui a perdu la foi.

«Je pense que mon père est une étoile au firmament qui me protège et me défend», a-t-elle concédé. Et soudain, elle avait l'air d'une petite fille de 5 ans.

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