L'esprit de la loi

Les propos de Stéphane Lauzon frisent l'arrogance quand... (Benoit Sabourin, LeDroit)

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Les propos de Stéphane Lauzon frisent l'arrogance quand il affirme que sa nouvelle vie de député fédéral d'Argenteuil-La Petite Nation lui laisse peu de temps pour s'intéresser aux affaires municipales.

Benoit Sabourin, LeDroit

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CHRONIQUE / Stéphane Lauzon aurait-il attrapé la grosse tête depuis qu'il a fait le saut sur la scène fédérale?

En tout cas, le nouveau député libéral donne l'impression de regarder de haut le milieu municipal qui l'a fait naître à la politique.

Invité à justifier sa décision de toucher une allocation de transition de 56 000$ de la Ville de Gatineau, l'ancien conseiller municipal a coupé court aux explications.

C'était dans le contrat, j'y ai droit, point final, a-t-il signifié en substance à mon collègue Mathieu Bélanger.

C'est déjà un peu court comme explication. Mais ses propos frisent l'arrogance quand il ajoute que sa nouvelle vie de député fédéral d'Argenteuil-La Petite-Nation lui laisse peu de temps pour s'intéresser aux affaires municipales. Même celles qui le concernent directement.

«Si j'étais encore conseiller municipal à Gatineau, je débattrais de ce dossier. Mais aujourd'hui, dans mon nouveau poste de député, j'ai tellement de grands dossiers d'envergure dont je dois m'occuper, il ne m'appartient plus de me pencher sur les débats à la Ville de Gatineau», a-t-il ajouté.

Tellement de grands dossiers d'envergure à s'occuper? Quoi, M. Lauzon aurait-il été nommé ministre des Finances sans qu'on le sache?

Je trouve qu'il se lave les mains un peu vite de cette affaire.

***

Techniquement, Stéphane Lauzon a raison. Il n'enfreint aucune loi, aucun règlement municipal, en empochant son allocation de transition. Mais il bafoue l'esprit de la loi, ce qui exige un minimum de justification.

En principe, une allocation de transition est censée servir de coussin financier à un élu qui quitte son poste - pour cause de défaite électorale, par exemple, le temps qu'il se trouve un travail.

Or M. Lauzon n'a pas eu à vivre de transition. Au contraire, il a pratiquement quadruplé son salaire en quittant son poste de conseiller municipal pour devenir député à Ottawa. Alors pourquoi se croit-il justifié d'empocher quand même l'allocation de transition?

La question se pose d'autant plus que son départ prématuré de la politique municipale, à mi-mandat, force la tenue d'une élection partielle dans le district du Lac-Beauchamp aux frais des contribuables.

Moralement, il doit un minimum d'explications aux citoyens de Gatineau, notamment aux gens qu'il a représentés pendant six ans dans le district du Lac-Beauchamp, un des plus pauvres de Gatineau.

Sans vouloir sombrer dans le populisme, on peut se demander si l'allocation de transition de 56 000$ que M. Lauzon a choisi d'empocher n'aurait pas été mieux investie ailleurs. Comme dans la revitalisation de la rue Notre-Dame, tiens, qui en a bien besoin au coeur de son ancien district.

***

Québec vient de resserrer ses propres règles sur les allocations de transition afin qu'elles remplissent leur rôle de faciliter le retour à la vie civile des députés.

En cas de démission prématurée, l'allocation de transition n'est versée que si le départ est justifié par des raisons familiales sérieuses ou de graves ennuis de santé.

Bien sûr qu'il faut faire le ménage dans les règles en vigueur à Gatineau.

Quand un conseiller quitte son emploi à mi-mandat pour un autre travail, mieux rémunéré de surcroît, il ne devrait pas avoir droit à une allocation de transition.

Point à la ligne.

J'entends des appels à la réforme autour de la table du conseil municipal. Faudra voir à quel point ils survivront à la crisette actuelle. 

Sous l'ancienne administration du maire Marc Bureau, le conseil municipal a non seulement reconduit les allocations de transition, il les a même bonifiées en septembre 2011. Le tout sans l'ombre d'un début de débat public sur la question.

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