Tristan de l'espace

Denis Marceau et Francine Aumont ont tout fait... (Patrick Duquette, LeDroit)

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Denis Marceau et Francine Aumont ont tout fait pour aider leur fils Tristan.

Patrick Duquette, LeDroit

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CHRONIQUE / Quand Tristan Aumont-Marceau racontait aux gens qu'il était malheureux, la réaction spontanée, c'était: ben voyons, tu as tout pour être heureux!

Vu de l'extérieur, c'était vrai.

Tristan était un surdoué, un premier de classe. Il voulait toujours être le meilleur. Vanté par ses professeurs. Champion de badminton. Président de son association étudiante à l'université...

Mais à ses parents, il avouait tout avec une désarmante franchise. Ses pensées suicidaires. Le mal de vivre qui l'habitait. «Maman, si tu savais comment ça fait mal en dedans», disait-il.

Tristan avait 23 ans quand il s'est suicidé en 2011.

***

Ses parents, Denis Marceau et Francine Aumont, ont tout fait pour l'aider. «On savait que l'irréparable pouvait se produire. Alors on mettait beaucoup d'efforts pour que si ça arrive, on ne se dise pas: on aurait donc dû!» raconte sa mère.

L'année qui a précédé le suicide a été faite de hauts et de bas vertigineux. «Des fois, Tristan était heureux à en écoeurer le monde. D'autres fois, il était si dépressif qu'il était incapable de soulever un verre d'eau. On se demandait s'il était bipolaire. Mais il n'y a jamais eu de diagnostic», poursuit sa mère.

À sa dernière année universitaire, Tristan faisait un stage en enseignement dans une école secondaire de Gatineau, tout en travaillant à temps plein. Il a souffert de surmenage.

«Il faisait des crises d'anxiété, passait de la déprime à la surexcitation. Pendant un an et demi, on est venu à bout de le recrinquer. On a évité le pire à quelques reprises. Parfois, il nous téléphonait: j'ai peur de moi-même, venez! On faisait jusqu'à 45 minutes de route pour le retrouver.»

Ils ont essayé d'obtenir de l'aide du système de santé. Pas évident quand on demeure à Denholm et que les ressources sont rares à proximité. «Quand on l'amenait à l'hôpital, ils demandaient à Tristan s'il avait l'intention de passer à l'acte tout de suite, raconte son père, Denis. S'il disait non, on lui donnait des médicaments et on le retournait à la maison.»

Tristan n'aimait pas l'effet des médicaments. Il se sentait ailleurs. «Il se surnommait Tristan de l'espace», raconte son père.

Un jour, Denis a tenté de lui obtenir de l'aide au CLSC de Low. Mais il n'y avait pas de psychologue en poste. Le CLSC a promis de rappeler dès que quelqu'un serait embauché. L'appel est venu un mois plus tard. Le nouveau psychologue a demandé à parler à Tristan. 

Denis a répondu: «Trop tard. On l'a enterré hier»

***

Après le suicide d'un enfant, bien des parents rongés par la culpabilité finissent par se séparer. Pas Denis et Francine que l'épreuve a soudés comme jamais malgré l'immense tristesse qui les habite encore, cinq ans après le drame.

«Il nous manquera toute notre vie. Mais on ne peut le faire revenir. Alors on essaie de donner un peu d'espoir, de briser les tabous pour faire avancer les choses», raconte Denis Marceau.

Après la mort de Tristan, Denis s'est remis à la sculpture. Ses oeuvres s'élèvent ici et là, entre les épinettes qui poussent sur sa propriété de Denholm. Des oeuvres torturées, tranchantes, faites de morceaux de métal affûtés. Avec toujours une déchirure quelque part pour symboliser la plaie béante laissée par le départ de Tristan.

Certaines de ses oeuvres sont exposées au parc des Chutes de Denholm, un endroit magnifique dédié à la santé mentale. Depuis cinq ans, Denis y organise le «Raquettons pour la vie» à l'occasion de la semaine de prévention du suicide. Ça se déroule le samedi 6 février, de 9h30 à 14h, au profit de l'organisme Suicide-Détour.

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