Absurdité féline

Par principe, le Gatinois a décidé de passer... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Par principe, le Gatinois a décidé de passer trois jours derrière les barreaux plutôt que de payer la licence pour son chat.

Etienne Ranger, Archives LeDroit

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CHRONIQUE / Bien sûr que c'est totalement absurde, cette histoire.

Un Gatinois de 65 ans, qui refusait de payer la licence de son chat, a choisi de purger trois jours de prison plutôt que de payer une amende de 326$.

Précisons ici qu'on est devant la procédure habituelle. Si vous refusez obstinément de payer une amende, que ce soit pour un feu rouge brûlé, un cellulaire au volant ou un excès de vitesse, à la fin, à la toute fin de la procédure, on vous laissera le choix.

Tu payes l'amende (qui augmente au fil du temps) ou tu vas en prison.

Le monsieur a choisi la prison. D'après les gens que j'ai consultés dans les milieux judiciaires et policiers, il est rare que la procédure se rende ainsi jusqu'à la dernière extrémité et donc jusqu'au mandat d'emprisonnement - sauf pour les itinérants qui représentent un cas à part.

L'autre particularité ici, c'est que le monsieur a décidé de se rendre à la police de Gatineau pour contester son amende. Il a invité un journaliste du Ottawa Citizen à l'accompagner. Comme il avait un mandat d'emprisonnement contre lui, les policiers n'ont pas eu le choix. Ils lui ont passé les menottes. Si bien que ce fait divers, aussi absurde qu'inhabituel, fait aujourd'hui les manchettes.

Alors oui, c'est absurde.

J'en entends décrier le système, dire que ce n'est pas normal qu'on laisse le choix à des contrevenants entre payer leur dû ou aller en prison. L'aberration étant qu'une peine de prison, en plus d'absoudre le contrevenant de ses péchés, coûte beaucoup plus cher à la société qu'une amende impayée.

Mais moi, ce n'est pas tellement là que je vois l'absurdité. Si des tonnes de gens décidaient de passer leurs fins de semaine à purger des peines de prison pour s'éviter de payer des amendes, j'aurais une opinion différente.

Mais je le répète, on est ici devant un cas d'exception, du hors-norme. Rien pour justifier une grande révolution du code de procédure pénale. L'absurdité ici, elle réside dans l'extraordinaire entêtement de cet homme à refuser de payer son amende.

Le monsieur soutient que le chat en question n'est pas le sien, que c'est un chat errant, et qu'il n'a donc pas à payer pour lui acheter une licence. S'il a choisi de faire de la prison, argue-t-il, c'est par principe.

Sauf que sa version est difficile à avaler. Le juge qui s'est penché sur son cas a lancé un mandat d'emprisonnement contre lui. Peut-être parce que l'inspecteur qui a donné la contravention a constaté que le prétendu «chat errant» vivait à l'intérieur, en plus d'être dégriffé et opéré, d'après ce que disait la directrice de la SCPA de l'Outaouais au 104,7 Outaouais.

Pour que notre société fonctionne, pour qu'une majorité de Gatinois acceptent de payer la licence de leur animal sans rechigner, il faut qu'ils soient convaincus que personne n'a de passe-droit et que les contrevenants seront sanctionnés. Quitte à les envoyer en prison s'il le faut.

Peut-être que cette alternative de dernier recours entre payer l'amende et la prison mérite d'être revue. Mais avant de crier à la révolution, attendons d'être confrontés à un problème de grande envergure plutôt qu'à un cas d'exception.

Ici, il n'y pas de quoi fouetter un chat.

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