De douloureux souvenirs

Ora Tsang et Caroline Glazer, respectivement ex-conjointe et... (Patrick Woodbury, Le Droit)

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Ora Tsang et Caroline Glazer, respectivement ex-conjointe et soeur de Martin Glazer, mort en Afghanistan, comprennent la douleur des familles des victimes québécoises de l'attentat au Burkina Faso.

Patrick Woodbury, Le Droit

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CHRONIQUE / Si quelqu'un comprend le drame vécu par les familles des victimes québécoises de l'attentat terroriste au Burkina Faso, c'est bien la Gatinoise Carolyne Glazer.

Elle a perdu son frère Martin Glazer dans des circonstances similaires, en janvier 2014, quand un commando taliban a ouvert le feu dans un restaurant de Kaboul, en Afghanistan.

M. Glazer s'y trouvait ce soir-là en compagnie d'un collègue comptable d'Ottawa, Peter McSheffrey. Les deux hommes sont tombés sous les balles des assaillants qui avaient forcé la porte blindée de l'établissement avec de puissants explosifs.

L'attentat de Ouagadougou, qui survient presque deux ans après la mort de son frère, a ravivé de douloureux souvenirs chez Carolyne Glazer. «Je ne peux croire que d'autres familles vont vivre ce que nous avons vécu. Je comprends tellement leur colère et leur désarroi face à la tempête médiatique. Ils doivent se sentir perdus.»

En apprenant que le premier ministre Justin Trudeau s'était fait raccrocher la ligne au nez alors qu'il offrait ses condoléances au conjoint d'une des victimes du Burkina Faso, Mme Blazer s'est rappelée de sa propre frustration devant la froideur des autorités canadiennes après la mort de son frère.

«Que Justin Trudeau prenne la peine de téléphoner par lui-même, c'est déjà un plus par rapport à Stephen Harper, tempère Carolyne Glazer. Ma mère a plutôt reçu une lettre de condoléances préformatée du ministre des Affaires étrangères, John Baird... Lorsqu'un tel drame arrive, on veut entendre les vrais mots pour soulager. On n'a rien à cirer de lettres qui ne signifient rien.»

***

À Kaboul, Martin Glazer travaillait pour le compte d'une firme comptable de Gatineau. Or contrairement à la famille d'un militaire tué au combat, la famille d'une victime civile n'a pas droit à une aide gouvernementale particulière quand elle perd un proche dans des circonstances aussi exceptionnelles qu'un attentat.

Les proches doivent se débrouiller pour régler les formalités entourant le rapatriement du corps et le versement des primes d'assurances.

«On passe par toutes les émotions, la colère, la perte, et on ne sait pas vers qui la diriger, raconte l'ex-conjointe de Martin Glazer, Ora Tsang. Le ministère des Affaires étrangères a des protocoles prévus pour les Canadiens tués à l'étranger dans des circonstances normales. Mais pour des civils tués dans un attentat, c'est le néant, même si c'est une expérience profondément traumatisante. Il faudrait prévoir une aide aux familles.»

***

Le pire de tout, se souvient Carolyne Glazer, c'est le silence quasi total des autorités canadiennes sur les circonstances entourant la mort de son frère. Sans doute pour des raisons de sécurité, on leur disait le strict minimum. La famille imaginait le pire.

«Quand on a su qu'il y avait eu une bombe, toutes sortes d'images nous venaient en tête, dit Ora Tsang. Je n'ai pas dormi pendant des jours. J'imaginais Martin nous revenir en morceaux.»

Dans sa soif de savoir, la famille a commandé une autopsie. Ils ont pu lever une partie du voile sur les circonstances entourant la mort de Martin Glazer. Alors qu'on imagine les victimes d'une attaque se réfugier sous les tables, Martin est mort debout, abattu de deux balles dans le dos. «Il est mort sur le coup. Je sais qu'il n'a pas souffert, même si ça ne me réconforte qu'à moitié», raconte Carolyne Glazer.

Le premier véritable réconfort est venu des mois plus tard, quand l'ambassadrice du Canada en Afghanistan est venue prendre le thé chez les Glazer. «Enfin, les vraies choses ont été dites dans l'intimité et sans bla-bla», raconte Carolyne Glazer qui garde néanmoins un goût amer du drame.

«Le plus triste, c'est que les terroristes ont gain de cause. Ils réussissent à détruire des familles entières.»

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