Se faire soigner dans la dignité

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CHRONIQUE / J'ose espérer qu'on ne laisse pas tous les gens mourir comme De Sale Gauthier dans nos hôpitaux.

On s'est beaucoup félicité au Québec, et avec raison, du débat éclairé et non partisan autour de l'aide médicale à mourir.

Mais quand j'entends le récit cauchemardesque des derniers jours de M. Gauthier à l'hôpital de Gatineau, je me demande si on n'a pas carrément sauté un débat. Avant de parler de mourir dans la dignité, il aurait fallu débattre du droit d'être soigné dans la dignité.

Atteint de la maladie de Lou Gehrig, la même qui vient de frapper le député libéral Mauril Bélanger, De Sale Gauthier était le type même de l'homme qui accueille son diagnostic avec sérénité et courage.

Un patient exemplaire qui s'efforçait de rester positif malgré la déchéance physique et les souffrances qui accompagnent la sclérose latérale amyotrophique.

Même si le médecin lui donnait à peine six mois à vivre au moment du diagnostic, De Sale a survécu plus de deux ans grâce entre autres aux bons soins de sa femme Aline, qui ne se sentait pourtant pas une vocation d'infirmière.

Il a tout fait pour mener une vie aussi normale que possible à la maison grâce aux excellents soins à domicile prodigués par le CLSC. À la surprise des médecins, il continuait de manger, de parler, d'écrire et même de se déplacer en raison de ses efforts de tous les instants pour conserver un minimum de qualité de vie.

Il avait réussi à se tenir loin des hôpitaux. Jusqu'à cette chute banale, en sortant du bain, qui a fait basculer sa vie réglée au quart de tour. Il a quitté son domicile pour sombrer dans une grosse machine hospitalière, déshumanisée, où les soins sont donnés en fonction de protocoles rigides.

De Sale Gauthier s'est retrouvé dans un hôpital où le personnel - peut-être débordé, peut-être dépassé par la complexité de sa maladie - a été incapable de lui donner ses médicaments à l'heure appropriée, de le nourrir convenablement et de respecter une consigne aussi simple que d'éviter de le coucher sur le dos.

Au lieu de le soulager, l'hôpital l'a achevé, a dit sa femme Aline.

Alors que De Sale était au plus mal, alors qu'il était sur le point de mourir, alors qu'il était plus que jamais dépendant des autres, Aline n'avait qu'une idée en tête: le ramener à la maison. Malgré toutes les difficultés que cela présentait pour elle.

Elle voulait le sortir à tout prix de cet hôpital où son amoureux, dont elle prenait si grand soin, dépérissait à vue d'oeil.

En raison de sa maladie qui lui apportait des souffrances de plus en plus grandes et impossibles à soulager, M. Gauthier aurait été un candidat à l'aide médicale à mourir s'il avait vécu assez longtemps.

Or je note qu'il est mort si vite, dans un système de santé si complètement dépassé par les événements, que sa famille et lui n'ont même pas eu le temps d'envisager de lui offrir des soins palliatifs...

Et c'est à ce système-là, incapable de prendre soin d'un patient comme M. Gauthier, que l'on veut confier une tâche aussi délicate que l'aide médicale à mourir, une tâche qui commande une infinie patience, une écoute et une compassion de tous les instants?

J'ai un gros, gros doute, là.

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