Perdu dans la translation

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CHRONIQUE / Pas sûr que le discours livré par Justin Trudeau au gratin de l'économie mondiale à Davos, mercredi, aurait eu la même éloquence s'il avait été traduit avec Google Traduction.

Les logiciels de traduction ont beau s'être améliorés au cours des dernières années, ils sont encore incapables de traduire le style, les nuances, les subtilités d'une langue aussi bien qu'un traducteur en chair et en os.

Il y a toujours quelque chose qui se perd dans la translation.

Et puis, imaginez si les discours du premier ministre étaient traduits par un vulgaire robot traducteur. Déjà que certains reprochent au Canada d'afficher un bilinguisme officiel de façade. La cour serait pleine!

Pourtant, le Bureau de la traduction du Canada, jadis un pilier du bilinguisme canadien, entrouvre la porte à la traduction robotisée dans les deux langues officielles.

À compter du 1er avril prochain, un outil de traduction automatique sera installé sur le poste de travail de tous les fonctionnaires fédéraux pour une «utilisation limitée», nous apprenait mercredi mon collègue Paul Gaboury.

Pour l'instant, ce logiciel ne fait que mettre le pied dans la porte. Il remplacera d'autres outils déjà disponibles sur le marché, dont Google Traduction, afin d'améliorer la compréhension et la traduction de courtes communications internes non officielles.

***

Le projet est toutefois source d'incertitude et d'inquiétude pour les employés du Bureau de la traduction, qui emploie de nombreux traducteurs, interprètes et terminologues.

Et je les comprends dans la mesure où leurs dirigeants ont paru plus préoccupés, ces dernières années, par les colonnes de chiffres que par la qualité de la traduction des documents fédéraux.

Les compressions des conservateurs ont décimé le personnel du Bureau de la traduction, qui a fondu de 2000 à 1165 employés au cours de la dernière décennie.

Son volume d'affaires a chuté dans le même intervalle. Placés devant l'obligation de geler ou de diminuer leurs dépenses, les ministères ont réduit le nombre de documents à traduire ou ont amené les francophones à rédiger leur rapport... directement en anglais.

En gérant le Bureau de la traduction comme une usine de conserves, le gouvernement a mis en péril le droit des francophones de travailler dans leur langue au sein de la fonction publique fédérale.

Ce n'est sans doute pas une coïncidence si le nombre de plaintes concernant la langue de travail a explosé de 60% au commissariat aux langues officielles entre 2011-2012 et 2014-2015.

Le gouvernement de Justin Trudeau aura l'occasion de démontrer que le bilinguisme officiel au Canada n'est pas qu'une parure. En campagne électorale, le premier ministre a promis d'offrir tous les services «en parfaite conformité» avec la Loi sur les langues officielles adoptée sous le règne de son célèbre père.

En attendant le jour où les machines surpasseront l'intelligence humaine, je pense qu'on doit encore compter sur le cerveau de bonnes vieilles personnes en chair et en os pour traduire des documents.

La vérité, c'est qu'une langue ne vit réellement que lorsqu'elle est parlée et écrite au quotidien, quand elle sert de base aux échanges dans un milieu de travail. On perd quelque chose en confiant une partie de cette fonction à des robots.

Même si les traducteurs du gouvernement n'ont pas vraiment le coeur à rire ces jours-ci, ils sont encore capables de déceler et de traduire quelque chose comme une note d'humour dans un texte. Aux dernières nouvelles, les robots sont encore incapables de rire d'une bonne blague.

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