En citant Martin Luther King

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Dans le fond, le révérend Bailey a peut-être trouvé le juste équilibre.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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CHRONIQUE / Un voyou barbouille des inscriptions racistes sur une église unie d'Ottawa dont le pasteur est de race noire. Que dit la police au pasteur? Chut, n'ébruitez pas l'affaire.

Je pense que j'aurais fait comme le révérend Anthony Bailey. Au lieu d'étouffer l'affaire, j'aurais défié la consigne du silence pour la révéler au grand jour. 

Il me semble que dans une société qui se dit ouverte et tolérante comme la nôtre, on se doit de décrier avec fermeté des manifestations de haine aussi dégoûtantes. Pas de les balayer sous le tapis! 

Le prix du silence ici, c'est qu'on risque de donner l'impression que le racisme n'existe pas chez nous. Alors qu'il est bien là, parfois larvé, parfois évident comme lors des débats sur les accommodements raisonnables au Québec, puis lors de l'épisode du niqab durant l'élection fédérale.

Quand le révérend Bailey a vu le mot «negro» inscrit en grosses lettres de deux pieds sur le mur de son église, il a été touché droit au coeur. Son frère et lui ont été victimes d'une attaque raciste à Montréal, il y a quelques années. Poignardé à mort, son frère n'a pas survécu.

À Ottawa, les crimes haineux déclarés par la police atteignaient le double de la moyenne canadienne en 2012-2013. Dans la moitié des cas, l'incitation à la haine vise la race ou l'origine ethnique.

Voilà qui donne matière à réflexion, alors que le Canada ouvre toutes grandes ses portes aux réfugiés du Moyen-Orient ces jours-ci. 

Quand un assaillant a aspergé des réfugiés syriens avec du poivre de Cayenne, à leur arrivée à Vancouver, le ministre de l'Immigration, John McCallum, n'a pas hésité une seconde à condamner l'agression.

Pourquoi serait-ce différent quand des inscriptions haineuses visent un pasteur noir d'Ottawa? Pourquoi les élus municipaux, qui étaient au courant de l'affaire, se sont-ils murés dans le silence?

***

C'est vrai, c'est le genre de situation on où risque de jouer le jeu des vandales en répondant à leurs provocations. Les graffiteurs recherchent de la publicité à tout prix et c'est en plein ce qu'on leur donne en dénonçant publiquement leurs agissements.

Lorsqu'en plus, les graffitis véhiculent un message de haine, il y a lieu d'être doublement prudent. Qui sait, la police d'Ottawa avait peut-être d'excellentes raisons de ne pas ébruiter l'affaire? Dans ce cas-ci, il semble qu'elle craignait des représailles.

L'apparition des graffitis précédait de quelques jours les célébrations de la journée Martin Luther King à Ottawa. L'une des inscriptions faisait référence à Tupac, un rappeur noir assassiné dans les années 1990, ce qui faisait craindre un acte violent à venir. 

Six mois après une fusillade qui a fait neuf morts dans une église de Charleston aux États-Unis, la police d'Ottawa n'a pris aucun risque. Des agents étaient présents à la messe qui a rassemblé 500 personnes, dimanche dernier, à l'église unie de la rue Parkdale.

***

Dans le fond, le révérend Bailey a peut-être trouvé le juste équilibre. Plutôt que de céder immédiatement à la provocation, il a attendu le moment propice pour briser le silence et lancer un message d'unité et de réconciliation.

Chose qu'il a faite en évoquant un célèbre discours de Martin Luther King: «Nous avons hérité d'une grande maison dans laquelle nous devons apprendre à vivre ensemble: noirs et blancs, Occidentaux et Orientaux, musulmans et chrétiens...»

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