Powerball, non merci

Des dizaines et des dizaines de personnes faisaient... (AP, Damian Dovarganes)

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Des dizaines et des dizaines de personnes faisaient la queue mercredi aux abords d'un dépanneur de la Californie pour mettre la main sur un billet de la loterie Powerball.

AP, Damian Dovarganes

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CHRONIQUE / Qui serait assez bête pour gager deux piastres à un jeu où il a une chance sur 292 000 000 de gagner? Je sais, plein de monde. Des millions de personnes.

Je n'en ai rien à cirer du Powerball, «The Richest Lottery Ever». Le gros lot serait de 10 milliards que vous ne me verriez pas faire la file jusqu'aux États-Unis pour acheter un billet.

Je n'ai pas d'argent à perdre à un jeu où j'ai moins de chance de gagner que de me faire frapper par la foudre ou de périr dans un accident d'avion.

Si j'ai toujours préféré les échecs au poker, c'est que l'idée qu'une victoire ou une défaite est attribuable à la chance ne me revient pas. Or, jouer au Powerball, c'est l'équivalent d'un suicide statistique. Et je n'ai pas l'âme d'un kamikaze.

On n'en sort pas, d'un strict point de vue logique, jouer à la loterie relève de la folie pure.

À moins qu'on se dise que débourser 2$ pour s'acheter un billet, ce n'est pas cher payé pour s'arracher à la banalité du quotidien. Pour rêver à ce qu'on pourrait s'offrir avec un gros lot de 1,5 milliard $US, supérieur au produit intérieur brut du Timor oriental.

Mais vous ne me prendrez pas à jouer le jeu des organisateurs de loterie. À souscrire à ce marketing à la «bye bye boss» qui entretient l'illusion que la loterie donne la chance au premier venu, peu importe son rang social, d'accéder à la vie des gens riches et célèbres.

Parce que c'est tout faux. Au contraire, «The Richest Lottery Ever» joue à fond le jeu de la société de surconsommation. Elle nourrit l'illusion que le bonheur réside dans la capacité de se payer une flotte de 23 jets privés. Le rêve américain. Think big, sti!

Et puis, je n'aime pas me faire manipuler.

Dans un fascinant article, The Economist révèle comment les organisateurs de loterie ont perfectionné leurs techniques, ces dernières années, pour mousser la vente de billets.

Une astuce consiste à faire paraître les gros lots plus importants qu'ils ne le sont en réalité. C'est le cas du Powerball, où les gains sont présentés avant les ponctions de l'impôt, qui peuvent varier entre 30 et 50%, selon les circonstances.

L'autre stratagème, c'est de faire gonfler le gros lot en offrant la loterie à une plus grande zone géographique. On augmente ainsi le bassin d'acheteurs potentiels. Et ça marche, même si les chances d'un gagnant unique diminuent en raison justement du plus grand nombre de participants.

Vous connaissez le vieux truc de la diseuse de bonne aventure? Elle vous fait mille prédictions sur votre avenir. Car elle sait très bien qu'il suffit qu'une seule d'entre elles se réalise pour que vous oubliez toutes les autres où elle s'est trompée.

Il en sera de même quand on annoncera le gagnant du Powerball. Tous les projecteurs se braqueront sur le vainqueur. On voudra savoir d'où il vient, ce qu'il faisait, ce qu'il compte faire avec tout cet argent.

Toute l'attention se portera sur LA chance sur 292 000 000 qui s'est concrétisée.

Comme toujours, ce sera suffisant pour perpétuer la grande illusion. Les autres, les millions de détenteurs de billets perdants, oublieront qu'ils ont perdu. Ils oublieront même qu'ils n'ont jamais eu la moindre chance de gagner.

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