L'approche du privé

Le directeur du Centre d'intervention en abus sexuel... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Le directeur du Centre d'intervention en abus sexuel pour la famille, Simon Drolet, entouré de la vice-présidente du c.a. de l'organisme, Lorraine Bédard, et de la députée de Hull, Maryse Gaudreault

Patrick Woodbury, LeDroit

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CHRONIQUE / Dans le milieu communautaire, ils sont loin d'être tous d'accord avec Simon Drolet. Avec son veston et son noeud papillon, le jeune homme a davantage le look d'un homme d'affaires que d'un directeur d'organisme communautaire.

Dans le cas de Simon Drolet, la différence ne se limite pas à l'apparence. Elle réside aussi dans son approche philanthropique résolument tournée vers le secteur privé. Plutôt que d'organiser des ventes de hot-dogs pour boucler ses fins de mois, M. Drolet planifie des dîners d'affaires pour inciter les entrepreneurs à verser des dons à son organisme.

C'est l'approche qu'il préconisait alors qu'il était le directeur général de la clinique de pédiatrie sociale de Gatineau. C'est ce qu'il continue de faire à la barre du Centre d'intervention en abus sexuel pour la famille (CIASF). Et ça marche, dit-il, pourvu qu'on sache adopter le ton juste pour vendre sa salade aux gens d'affaires.

Quand il est arrivé à la direction du CIASF, on l'a tout de suite prévenu qu'il n'aurait pas la tâche facile. «L'abus sexuel chez les enfants, ce n'est pas la cause la plus sexy qui soit. On m'a dit que j'aurais de la misère à vendre ça dans le privé. Au contraire, j'ai eu une réponse extraordinaire.»

En novembre, il a recruté 40 partenaires d'affaires autour de sa campagne de financement. Les gens étaient invités à acheter, puis à porter un noeud papillon pour la cause des enfants victimes d'abus sexuels. Avec sa campagne répercutée sur les médias sociaux, M. Drolet voulait s'inscrire dans la même veine que Movember et le Ice Bucket Challenge.

«C'était une campagne spontanée qu'on a mis trois mois à organiser. On a amassé 15 000$! Quarante personnalités d'affaires ont accepté, un par un, d'y participer. Sur tous les gens approchés, on a eu un taux de refus d'à peine 10%.»

***

Le milieu communautaire de l'Outaouais réfléchissait justement à son avenir mardi. Une vingtaine d'organismes se sont fait entendre lors du passage de la «commission populaire» pour l'action communautaire autonome à Gatineau.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'approche de Simon Drolet contraste avec le discours ambiant où il est plus courant de critiquer le désengagement de l'État et de réclamer davantage de fonds publics pour les organismes.

M. Drolet, lui, pense que le communautaire a beaucoup d'argent à aller chercher auprès des entrepreneurs s'il passe par-dessus sa méfiance du secteur privé.

«Pour ma part, je n'ai pas constaté l'effet pervers tant redouté - soit que le privé, en finançant, viendrait indûment s'impliquer et modifier la mission de nos organismes. Au contraire, j'ai vu des gens qui sont affectés par les problématiques auxquelles on s'attaque et qui sont intéressés à ce que les choses changent. Lorsqu'on leur propose de faire une différence par leur implication, ils embarquent.

«Mais les gens d'affaires ont besoin de sentir que ce qu'on leur propose est efficace. Souvent, ils ont la perception que le communautaire n'est pas efficient. Moi, je sais que ce n'est pas vrai. Les gens d'affaires parlent un langage de revenus, de ventes, d'intrants, d'extrants... Je n'hésite pas à adapter mon langage au leur pour les convaincre.

«Le noeud papillon, c'était une campagne pour mon organisme. Maintenant que ça a eu du succès, je serais à l'aise d'en faire bénéficier d'autres organismes qui oeuvrent en semblable matière. J'aimerais ça constater la même ouverture chez tous mes collègues... Je pense que ça s'en vient!»

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