Les zigotos de l'hiver

CHRONIQUE / Mathieu Larocque est le premier à l'admettre. Il entretenait une... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Etienne Ranger, Archives LeDroit

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CHRONIQUE / Mathieu Larocque est le premier à l'admettre. Il entretenait une foule de préjugés négatifs à l'endroit des zigotos qui se rendent au boulot en vélo... en plein hiver.

«J'avais un ami qui le faisait et j'étais le premier à le traiter de malade. Mais il a fini par me convaincre que ce n'était pas si fou, qu'il suffisait de bien s'équiper...»

Alors si vous avez aperçu un astronaute rouler en vélo dans les rues enneigées de Gatineau ces derniers temps, c'était peut-être Mathieu Larocque.

Ceux qui le connaissent savent qu'il n'a jamais été un grand admirateur du Rapibus. Se taper 45 minutes d'autobus entre sa résidence de Gatineau et son boulot au centre-ville d'Ottawa, ce n'est pas sa tasse de thé...

Il faisait déjà le trajet en vélo l'été. Alors, pourquoi pas l'hiver?

Bref, il a fini par se procurer des pneus à clous qu'il a fixés à son vieux vélo de route. Il a enfilé des survêtements et de gros habits d'hiver, des lunettes de ski et une cagoule.

Et mardi, il est parti de chez lui dans l'obscurité matinale, comme un somnambule à pédales, à 20 degrés sous zéro...

Un trajet parfois périlleux de 12 km entre de gros bancs de neige, des rues glissantes, des pistes cyclables mal déneigées et des automobilistes pas toujours ravis de voir un cycliste s'insérer dans le trafic en plein coeur de l'hiver canadien...

Pis?

«Ce n'est pas si mal. Ça se fait bien. Avec des pneus à clous, des bandes réfléchissantes et une statue de la vierge, rien ne m'arrête», a écrit Mathieu sur sa page Facebook.

Il n'a pas souffert du froid. À part une fois où son vélo a failli glisser dans de la neige molle, il n'a pas craint de chuter. Les gros pneus à clous font le travail.

Mais bon, la conduite en hiver étant ce qu'elle est, il a flirté à quelques reprises avec le Code de la route. Un policier zélé aurait pu le verbaliser pour avoir roulé sur le trottoir (qui sont mieux déneigés à Ottawa, a-t-il constaté), ou pour avoir emprunté, en sens inverse, la voie réservée du boulevard Fournier.

L'audace de Mathieu lui vaut jusqu'ici deux types de réactions. Certains de ses potes sont tentés de se mettre eux-mêmes au vélo d'hiver maintenant qu'il a prouvé que c'était possible de s'y adonner sans trop de risque.

Et il y a les autres qui ne comprennent toujours pas. «J'en ai entendu dire que j'étais une nuisance, que les vélos n'avaient pas d'affaire sur les routes durant l'hiver. Ce que je leur réponds? D'appeler la police. Aux dernières nouvelles, la pratique du vélo est permise en toute saison», dit-il.

«En même temps, je comprends que le taux de tolérance des automobilistes n'est pas énorme. J'ai des amis qui sont camionneurs. Les cyclistes, ça les stresse, même l'été. Alors j'essaie de ne pas nuire, de rester courtois, de me tasser le plus possible pour ne pas achaler personne.»

Mathieu fait partie des chanceux qui disposent de douches sur leur lieu de travail. Il y a même un petit atelier de réparation où il peut entreposer son vélo en toute sécurité. 

Alors oui, Mathieu Larocque a l'intention de continuer à pédaler l'hiver. Parce que ça le tient en forme. Peut-être aussi un peu, je le sens, parce que ça lui permet d'être plus indépendant. Il n'a plus à attendre après personne, surtout pas après un autobus du Rapibus...

D'ailleurs, sur sa page Facebook, il a inscrit ceci au-dessus de sa photo de lui en vélo d'hiver:

Larocque 1, hiver/STO 0.

Ça dit tout.

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