Une première nuit paisible

Mary Attala et son fils Peter ont passé... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Mary Attala et son fils Peter ont passé leur première nuit en sol canadien à Gatineau.

Etienne Ranger, LeDroit

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CHRONIQUE / Alors voilà, les réfugiés syriens débarquent à Gatineau. Les premiers sont arrivés mardi soir, une mère et son fils de 6 ans, qui attendaient depuis des semaines dans un appartement de Beyrouth de pouvoir émigrer au Canada.

Je les ai rencontrés mercredi au couvent Saint-Joseph à Ottawa. Le petit s'appelle Peter, il n'arrêtait pas de tourner autour de sa mère. Il portait de grosses bottes d'hiver qu'on lui avait données à l'aéroport et insistait pour retourner dehors, jouer dans la neige.

Dis-moi, Peter, que préfères-tu depuis ton arrivée au Canada? Le petit Syrien a levé les yeux vers son oncle qui nous servait d'interprète. La neige! Mais aussi la maison de mes grands-parents à Gatineau, a-t-il répondu en arabe.

«Il est content d'avoir une maison, m'a expliqué son oncle Fadi Attala, prêtre de l'église Saint-Paul des Syriaques d'Ottawa. La sienne a été bombardée par l'État islamique en août dernier.»

Voilà des mois que Fadi Attala tentait de faire venir au Canada sa soeur Mary et son fils Peter. L'entreprise a été plus ardue que prévu. Les retrouvailles n'en ont été que meilleures, mardi soir, lorsqu'il les a rejoints à Montréal.

Les deux réfugiés ont passé leur première nuit en sol canadien chez les parents de Fadi, qui sont arrivés au Canada depuis quelque temps déjà. Pour Mary, habituée à vivre dans la peur, cette nuit à Gatineau lui a procuré son premier sommeil paisible depuis très longtemps.

«Là-bas, tu vis une inquiétude perpétuelle. Quand tu quittes la maison, tu ne sais jamais si tu pourras y revenir. Il y a les bombardements, les enlèvements, les exactions... Alors qu'ici, je me sens en sécurité. Et je suis si contente de retrouver ma famille.»

Dites-moi, Mary, quel genre de vie est possible dans un pays en guerre? Est-ce qu'il y a moyen de s'aimer? De sourire? Quand Fadi a eu fini de traduire la question, elle a secoué la tête. «Non. Il n'y a pas d'occasion de sourire. Jamais.» Fadi a complété: «Il nous arrive de sourire parce que des fois, il le faut bien. Mais c'est un sourire forcé avec les yeux pleins de tristesse.»

Je lui ai demandé si elle comptait retourner un jour en Syrie. Elle n'a pas hésité une seconde. «En Syrie, je ne pense pas qu'il y ait un futur possible pour mon fils et moi. Au Canada, je veux apprendre la langue, reprendre mes études interrompues par la guerre. Et, qui sait, devenir infirmière.»

***

Mary et Peter sont parrainés par un groupe de la région.

Lyne Morin, son conjoint Jacques Lison, Rodolphe Latreille et les Soeurs de la Charité d'Ottawa se sont démenés pour leur dénicher un appartement, des meubles, des vêtements et de quoi survivre pendant leur première année au Canada.

Mme Morin peut en témoigner, l'élection de Justin Trudeau a considérablement accéléré les démarches pour accueillir des réfugiés syriens en parrainage privé. «En septembre, on se faisait dire que ce serait de 24 à 36 mois d'attente. Or, les réfugiés sont déjà ici et on n'a été avisés qu'à 48 heures d'avis qu'ils atterrissaient à Montréal!»

***

L'entrevue tirait à sa fin, Peter n'arrêtait pas de harceler sa mère pour aller jouer dehors. Je lui ai fait signe. Il est venu se coller sur mon épaule. Sur mon carnet, j'ai dessiné un bonhomme de neige avec une grosse carotte à la place du nez.

La neige, j'ai dit.

La neige, a-t-il répété en affichant un grand sourire heureux.

Sa mère aussi souriait. Je me trompe peut-être, mais il ne me semblait pas y avoir de tristesse dans ces yeux-là.

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