Un peu de ferveur, Madame la Ministre

CHRONIQUE / J'aurais aimé sentir la ministre régionale Stéphanie Vallée animée... (Martin Roy, LeDroit)

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Martin Roy, LeDroit

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CHRONIQUE / 

J'aurais aimé sentir la ministre régionale Stéphanie Vallée animée d'un sentiment d'urgence. Vous n'avez pas le feu au derrière, Madame la Ministre? Même pas un petit peu?

Pendant l'heure et demie qu'a duré cette entrevue éditoriale avec LeDroit, je ne l'ai pas sentie pressée d'agir. Pourtant, il y aurait une ou deux raisons de ruer dans les brancards. Ou de ruer dans les civières, devrais-je dire.

Après tout, les urgences de l'Outaouais affichent, année après année, les pires temps d'attente de la province. Dans une région où il y a pénurie de médecins, on n'arrive pas à attirer le plein quota de nouveaux omnipraticiens.

En prime, on apprenait mardi que les patients qui se présentent à l'urgence des hôpitaux de Gatineau et de Buckingham mettent en moyenne plus de 4 heures avant de voir un médecin - deux fois plus que la cible provinciale. Encore une fois, l'un des bilans les moins reluisants au Québec.

Alors, je ne dis pas que la ministre n'est pas préoccupée par toutes ces questions, je ne dis pas qu'elle ne fait rien, je veux bien la croire lorsqu'elle affirme qu'elle se lève au conseil des ministres pour parler haut et fort pour l'Outaouais. Sauf qu'en entrevue éditoriale, on ne sent pas cette ferveur.

Lorsqu'on lui demande l'état d'avancement de ce projet de faculté de médecine à Gatineau, un projet dont on parle depuis des années, Mme Vallée se réfugie derrière les lieux communs. «Le projet chemine très bien, on a une belle collaboration des acteurs de la région. Mais le projet est gros, il est difficile à faire passer à travers la machine...»

Hé, misère.

À Trois-Rivières, ils ont mis 18 mois à accoucher de leur faculté de médecine. Un an et demi! Alors qu'ici, l'échéance ne cesse d'être repoussée. Ce fut 2016, c'est rendu 2017. Qui sait ce que ce sera l'an prochain.

Je veux bien croire qu'il reste du travail à faire pour réaliser cette faculté de médecine, qu'il faille «arrimer des priorités», que le dossier implique deux gros ministères... En même temps, ce statut particulier en éducation octroyé à l'Outaouais, et que le premier ministre Couillard vient de confirmer, ça veut dire quoi?

Dans mon esprit, ça signifie que la ministre Vallée ne doit pas se contenter de suivre la machine gouvernementale. Ce statut reflète la «volonté» politique de Québec d'analyser différemment les dossiers de l'Outaouais. Ça donne le droit à Mme Vallée de pousser dans le dos des fonctionnaires, de sortir sur la place publique si les choses n'évoluent pas assez à son goût.

Peut-être que je me trompe, mais Mme Vallée me donne l'impression d'être un bon soldat qui suit les ordres du chef. Or, le mot d'ordre des deux dernières années du gouvernement libéral, c'était de réaliser la «rigueur budgétaire». Tout le reste passe au second plan.

Le seul moment de l'entrevue éditoriale où la ministre Vallée s'est animée pour devenir véritablement intéressante, c'est pour parler de son travail en tant que ministre de la Justice. Quand elle s'est mise à parler du projet de loi 59 sur les propos haineux, elle est devenue franchement fascinante. À l'heure où des Donald Trump et Dieudonné repoussent toujours plus loin les limites de la liberté d'expression, Mme Vallée a parlé de l'importance de tracer exactement au bon endroit la ligne entre l'incitation à la haine et cette dernière.

Et à ce moment de l'entrevue, elle m'a semblé tout à fait dans son élément.

J'aurais aimé l'entendre discourir avec autant de passion et de liberté des enjeux qui touchent l'Outaouais au lieu de la voir se réfugier derrière un tas de phrases creuses.

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