D'un statut particulier à l'autre

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CHRONIQUE / C'est devenu une vache sacrée, ce statut particulier de l'Outaouais en matière de soins de santé. Depuis que la région l'a obtenu du gouvernement de Jean Charest, en 2007, on s'y accroche avec ferveur. Or il est peut-être temps d'admettre que le statut particulier n'a plus grand-chose... de particulier.

C'est un certain Philippe Couillard, alors ministre de la Santé, qui a accordé à l'Outaouais son statut particulier. À l'époque, l'exode des infirmières vers l'Ontario battait son plein. À moins d'être à l'article de la mort, consulter un médecin relevait de l'exploit. Certains diront que les choses n'ont pas tellement changé, mais bon...

Sans admettre que l'Outaouais souffrait de sous-financement, Québec donnait au moins l'impression de reconnaître que l'Outaouais n'était pas une région comme les autres en raison de la concurrence féroce des hôpitaux ontariens pour ce qui est de recruter et de garder de la main-d'oeuvre médicale.

Alors au début, le statut particulier a agi comme une sorte de fast-track. Avec 20 millions supplémentaires en poche chaque année, l'Outaouais pouvait aller plus vite, sans négocier à la pièce avec Québec. C'est ainsi que plusieurs projets ont vu le jour rapidement. La région a pu combattre l'exode vers l'Ontario à coups de primes et de programmes pour les médecins et infirmières, tout en rattrapant une partie de son retard en matière de services médicaux.

L'argent du statut particulier devait durer deux ans. Neuf plus tard, Québec verse encore 20 millions à la région. Tout cet argent a permis de mettre la table pour de nouveaux programmes de formation collégiale en santé et une éventuelle faculté de médecine en Outaouais.

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Sauf qu'à force d'en faire un symbole, on n'a presque pas remarqué que le statut particulier devenait de moins en moins particulier.

Les versements annuels de 20 millions n'ont jamais été indexés. Si bien qu'ils se noient dans l'immense budget de 790 millions du nouveau Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO).

On peut se demander aussi à quel point l'impact du statut particulier est amoindri par les compressions. Le CISSSO devait couper 32 millions cette année, et devra en sabrer presque autant l'an prochain.

Petit à petit, la marge de manoeuvre qui faisait du statut particulier un genre de fast-track a disparu. C'est devenu un fourre-tout qui sert aussi bien à financer le centre de cancérologie et les urgences de Buckingham et Gatineau que de nouvelles initiatives comme la ligne Info-Social. Dans toute autre région du Québec, l'argent pour financer ce genre d'initiative viendrait du ministère de la Santé, pas d'un statut particulier!

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Le statut particulier existe donc toujours sur papier, mais il s'est vidé de sa substance originelle. Il est devenu un poste budgétaire comme les autres. Certains diront que c'est parce qu'il a accompli son oeuvre. C'est essentiellement la thèse défendue par Jean Hébert, le pdg du CISSO.

En fait, l'Outaouais est peut-être en train de passer d'un statut particulier à un autre. Contrairement à d'autres régions du Québec qui se font couper sans espérer de nouveaux revenus, l'Outaouais mise sur le rapatriement de soins de santé prodigués en Ontario pour renflouer ses coffres.

En rapatriant des soins notamment en obstétrique et en pédiatrie, Québec prévoit récupérer 40% des 110 millions remboursés chaque année par la Régie de l'assurance-maladie aux Québécois qui vont se faire soigner en Ontario.

C'est potentiellement beaucoup d'argent à venir pour l'Outaouais. À condition, bien sûr, que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, tienne sa promesse de réinvestir l'argent du rapatriement dans la région.

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