Donald Trump serait fier de nous

Ce campement dérange parce qu'il nous renvoie constamment... (Patrick Woodbury, archives LeDroit)

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Ce campement dérange parce qu'il nous renvoie constamment à nos échecs. Il force un questionnement difficile.

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CHRONIQUE/ Il dérange bien du monde, ce campement improvisé des sans-abri près du Gîte Ami à Gatineau. Et voilà qu'on propose d'ériger une clôture autour du campement.

Pourquoi pas?

C'est la mode, les clôtures. On devrait y ajouter des barbelés. Voire l'électrifier. Mieux encore: pourquoi ne pas bâtir un mur avec des miradors?

Donald Trump serait fier de nous.

Alors voilà, je ne sais pas à quel point cette proposition de clôturer le campement est sérieuse. J'ignore même de qui elle émane. Tout ce que je sais, c'est qu'elle apparaît noir sur blanc dans le procès-verbal d'une réunion du conseil d'établissement de l'école secondaire de l'Île daté du 26 octobre.

C'est donc que quelqu'un, parmi les parents, élèves, enseignants, directeurs, commissaires scolaires et élus de la Ville de Gatineau qui participaient à la réunion a posé la question: «Ne pourrait-on pas clôturer le site?» 

Bien oui! Quoi de plus naturel que d'ériger un mur entre nous et ce qui nous fait peur? Quand la misère sévit dans un lointain camp de réfugiés syriens au Liban, alors bonjour la compassion. Si elle apparaît dans notre cour, vite, on réclame une barrière.

Dans le même procès-verbal, cette autre question: serait-il possible de relocaliser le campement ailleurs? Encore une fois, pourquoi pas? Dans le milieu d'un champ à Masson-Angers, c'est-y assez loin à votre goût? Tant que ce n'est pas dans votre cour, c'est ça?

Je comprends les gens de l'école secondaire de l'Île de s'inquiéter de cette cohabitation forcée entre leurs élèves et les campeurs itinérants.

Disons-le, les campeurs sont.... dérangeants. Ils font des incursions sur le terrain de l'école, ils utilisent les toilettes des élèves, ils construisent des cabanes dans le bois, ils vident les poubelles sans ramasser et ils laissent traîner des revues pornos. Et à force de coucher dehors, certains ont une gueule à faire peur.

Il n'y a rien de très grave là-dedans. Somme toute, à part la crainte qu'un «événement fâcheux» se produise, il me semble que l'école secondaire de l'Île a peu d'arguments pour s'opposer à la présence du campement.

Bien sûr, la situation n'est pas idéale. Mais personne n'est tout à fait à l'aise avec la présence du campement.

La Ville de Gatineau est déchirée entre les enjeux de sécurité et les enjeux sociaux. La police y voit une poudrière menaçant à tout moment d'exploser dans un accès de violence. Et les services sociaux qui interviennent auprès des sans-abri n'y trouvent pas non plus leur compte. Ils craignent que le campement devienne une machine à profilage pour les policiers.

Il fait désordre, ce foutu camp.

Il va à l'encontre des lois, il est sale, il y a présence de drogue, il y a des altercations. Je ne sais pas quelle est la solution. Mais s'il y en a une, ce n'est pas une solution évidente, ce n'est rien d'aussi simple que de le cacher derrière un mur ou de le déménager ailleurs.

Si on ferme le camp, ses habitants ne vont pas disparaître. La bande va éclater, ils vont aller coucher ailleurs, dans des endroits moins supervisés. Dans les piqueries du centre-ville, par exemple, où il n'y a pas de policiers, où les risques de violence sont décuplés par rapport à ce qui existe dans le campement.

Je comprends ceux qui voudraient voir disparaître le campement. Il dérange parce qu'il nous renvoie constamment à notre échec, à notre impuissance à sauver tous les damnés de la terre. Il force un questionnement difficile. 

Continuons d'essayer de trouver de vraies réponses.

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