Excès de zèle

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CHRONIQUE / À voir le zèle déployé par Santé publique Ottawa pour mettre à jour ses données sur la vaccination des élèves, c'est à croire qu'une épidémie de rubéole ou de polio frappe aux portes des écoles.

Quelque 900 élèves d'Ottawa ont été suspendus cette semaine pour avoir négligé de remettre un carnet de vaccination à jour aux autorités médicales.

- T'es pas vacciné? Enwoye à la maison!

Sous le choc, des parents se plaignent d'être traités comme de vulgaires criminels.

Et ce n'est qu'un début.

Le même sort guette un autre groupe de 3000 élèves début janvier. Ils risquent eux aussi la suspension s'ils ne fournissent pas, dans les délais prescrits, la preuve qu'ils ont reçu tous les vaccins prescrits par la loi ontarienne.

Une telle opération est inimaginable au Québec où la loi interdit d'employer des moyens aussi radicaux. Même en Ontario, où la procédure est parfaitement légale, elle a quelque chose d'étonnant. Sauf erreur, c'est la première fois qu'on applique dans toute sa vigueur la Loi sur l'immunisation des élèves qui prévoit des sanctions pouvant aller jusqu'à 20 jours de suspension.

L'opération a beau être légale, il n'en reste pas moins qu'il faut de très bonnes raisons pour justifier la suspension de centaines d'élèves. La mesure bouscule le quotidien de nombreuses familles et risque de braquer inutilement bien des parents, y compris ceux en faveur de la vaccination.

Or ici, où est l'urgence?

De l'aveu même de Santé publique Ottawa, les campagnes «musclées» de vaccination en vigueur rendent peu probables l'éclosion de maladies disparues comme la rougeole ou la rubéole. Il n'y a pas de raison de penser que le risque de voir ressurgir une maladie du passé est plus grand en 2015 qu'il ne l'était l'an dernier.

C'est donc moins la crainte d'une éclosion imminente que des raisons administratives qui ont poussé Santé publique Ottawa à reprendre, en avril dernier, la surveillance complète de l'immunisation des enfants d'âge scolaire. En se fixant comme objectif d'y arriver à temps pour la rentrée scolaire du mois de septembre.

Compte tenu de l'ampleur de la tâche, c'était beaucoup demander. Sur 150 000 dossiers, le tiers n'était pas à jour. Ça laissait peu de temps pour aviser les parents de transmettre des informations à jour aux autorités médicales.

Certains blâment les parents qui ont été avertis à plusieurs reprises. Plusieurs cliniques de vaccination ont été organisées pour leur donner une chance de se mettre à jour. N'empêche que début septembre, 35 000 dossiers étaient toujours incomplets. On ne peut pas taxer tous les parents retardataires de négligence...

***

Au lieu de bousculer inutilement les ménages, il vaudrait mieux expliquer les raisons tout à fait valables qui poussent Santé publique Ottawa à accumuler des données fiables sur l'immunisation.

Il n'y a pas si longtemps, les maladies infectieuses tuaient des millions de personnes. C'était la première cause de mortalité au monde. Les vaccins ont permis de sauver plus de vies que n'importe quelle autre mesure de santé publique. L'immunisation a jeté les bases de nos sociétés modernes.

On a tendance à oublier tout cela.

Aujourd'hui, la méfiance va en grandissant à l'endroit de la vaccination. On assiste au retour de maladies disparues. La menace de nouvelles éclosions est bien réelle avec la recrudescence des voyages internationaux, l'essor rapide des grandes villes...

Comme société, on ne peut pas se permettre de reculer sur le front de la vaccination. Sous peine de se retrouver avec des problèmes beaucoup plus graves pour notre système de santé.

Il faut garder la population dans le coup. Et ce n'est pas en suspendant des centaines d'élèves qu'on y arrivera.

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