La carte postale

Le projet Place des peuples... (Courtoisie, Brigil)

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Le projet Place des peuples

Courtoisie, Brigil

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CHRONIQUE / Voilà une autre preuve qu'il faut respirer par le nez et prendre le temps de réfléchir avant de déclencher un référendum sur les deux tours de Brigil à Gatineau.

On sait déjà à quel point la hauteur des tours - 35 et 55 étages - bouscule les plans de développement au centre-ville de Gatineau où on prévoyait densifier à échelle humaine plutôt qu'à coups de gratte-ciel.

Mais on réalise encore mal à quel point le fameux projet de Place des Peuples a le potentiel de changer, pour le meilleur ou pour le pire, le visage de la capitale fédérale au complet - pas seulement celui du centre-ville de Gatineau.

En entrevue éditoriale avec LeDroit, le premier dirigeant de la CCN, Mark Kristmanson, est sorti de sa réserve habituelle pour s'inquiéter - avec beaucoup de diplomatie, il faut le dire! - de la hauteur du projet de Brigil.

Depuis plus d'un siècle, on limite la hauteur des bâtiments autour du Parlement. Un tas de règles complexes visent à éviter que la construction de nouveaux édifices au centre-ville d'Ottawa obstrue la vue sur la Tour de la Paix et sur les autres édifices de la colline.

Ces règles vont aussi loin que de préserver les coins de ciel bleu autour du Parlement, de même que le magnifique panorama sur la rivière à partir des ponts Alexandra et du Portage.

Et il y a de bonnes raisons de protéger aussi jalousement l'intégrité visuelle des édifices parlementaires. Ce puissant symbole canadien attire chaque année des millions de visiteurs dans la capitale fédérale.

Or du point de vue de la CCN, la proposition de Brigil revient, ni plus ni moins, à insérer deux tours dans ce magnifique décor de carte postale...

Parce que tout indique que les tours du promoteur seraient assez hautes pour être aperçues de la colline parlementaire et du boulevard de la Confédération au centre-ville d'Ottawa.

Pour l'instant, Mark Kristmanson ne peut y faire grand-chose. D'un strict point de vue légal, la CCN n'a pas un mot à dire sur la hauteur des bâtiments à Gatineau. Le système de «protection des vues» en vigueur à Ottawa ne s'applique pas sur les terrains de Brigil.

Bien sûr, cela pourrait changer.

M. Kristmanson a d'ailleurs approché le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, pour tâter le terrain à ce sujet. Il voulait savoir si celui-ci serait ouvert à développer une perspective régionale sur le système de «protection des vues» du parlement. Jusqu'à maintenant, ces échanges n'ont débouché sur rien de concret.

Pour l'instant, les gens d'Ottawa ne s'intéressent pas trop au projet de Brigil. Mais mon petit doigt me dit que ce débat va prendre une tout autre tournure lorsqu'ils vont se réveiller.

Un jour, de l'autre côté de la rivière, ils vont réaliser qu'un promoteur de Gatineau pourrait photobomber, avec ses deux tours, les millions de clichés du parlement pris chaque année par les touristes en visite dans la capitale.

Ce jour-là, on réalisera que les enjeux soulevés par le projet de Brigil vont bien au-delà du développement du centre-ville de Gatineau et que c'est tout le visage de la capitale qui pourrait changer.

On risque alors d'avoir un débat similaire à celui qui a secoué la capitale américaine en 2013. À Washington également, les pressions étaient fortes pour hausser la hauteur des bâtiments qui était limitée, depuis le début des années 1900, à la largeur des rues.

Pour l'anecdote, je vous dis comment ça s'est terminé. En 2014, le président Barack Obama a signé une loi qui consacrait, grosso modo, le statu quo sur la hauteur des édifices...

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