Il y a urgence, mon vieux

Chelsea était l'hôte d'un forum sur le développement... (Patrick Woodbury, LeDroit)

Agrandir

Chelsea était l'hôte d'un forum sur le développement économique responsable, mercredi.

Patrick Woodbury, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CHRONIQUE / Donc, il y a le Sommet de Paris sur le climat. Et mercredi, il y avait le forum sur le développement économique responsable à Chelsea, Québec.

Non, ce n'est pas tout à fait la même chose.

En fait, on est aux deux extrémités du même problème. À Paris, les grands dirigeants du monde réfléchissent à des moyens radicaux pour éviter des catastrophes climatiques qui menacent des millions de personnes.

Tandis qu'à Chelsea, très loin de ces négociations de haut vol, des maires, des élus municipaux, des fonctionnaires et des citoyens engagés de la MRC des Collines-de-l'Outaouais discutent des mille petits gestes qu'on peut faire dans nos villes pour stimuler l'économie locale - sans trop nuire à l'environnement.

Alors oui, on a eu droit à des exemples très inspirants au «sommet» de Chelsea.

Une conseillère en développement durable de la Ville de Victoriaville, Jacinthe Roy, est venue raconter comme sa municipalité est devenue le berceau du développement durable au Québec sous l'impulsion de Normand Maurice, un citoyen considéré aujourd'hui comme le père de la récupération au Québec.

Dès 1984, Victoriaville avait sa propre collecte de recyclage. Depuis, elle a maintenu son avance au Québec. Aujourd'hui, elle investit 1,5 million sur cinq ans dans un programme d'habitation durable. Les entreprises qui s'installent dans son parc industriel doivent obtenir une attestation de société écoresponsable. Et la gestion des matières résiduelles est assurée en partenariat public-privé par une société détenue à 51% par la municipalité.

Qu'est-ce qu'il a fallu pour en arriver là?

Du courage politique, beaucoup de sensibilisation, la collaboration du milieu des affaires et des consultations, raconte Jacinthe Roy.

En d'autres mots, il a fallu du temps.

Du temps pour faire évoluer les mentalités sans trop bousculer les habitudes des gens.

***

Du temps?

Alors que l'urgence d'agir transpire des discussions de Paris, chez nous, on continue de faire comme si on avait tout le temps du monde.

À Chelsea, on parlait de sensibilisation, de concertation, de collaboration, de consultation, de l'importance de poser de petits gestes pour l'environnement. C'est important aussi. Mais où est le sentiment d'urgence?

Un conseiller municipal d'une ville de la MRC des Collines-de-l'Outaouais me racontait ses efforts pour convaincre ses collègues de doter la flotte municipale d'un premier véhicule électrique. À ce que j'ai compris, ce n'est pas de la tarte. «Ils roulent tous en VUS», a-t-il soupiré.

Le maire de l'Ange-Gardien, Robert Goulet, admet que son conseil municipal y a pensé à deux fois avant d'exiger que les entreprises qui s'installent dans son parc industriel soient écoresponsables. «Au début, nous étions sceptiques. On s'est dit que si nous étions trop sévères, on allait faire fuir les gens. Mais ce n'est pas le cas.»

À la tribune, Gilles Côté, directeur du développement durable chez Kruger Énergie, est venu parler du développement de parc d'éoliennes, notamment sur la rive sud de Montréal. Or on l'a vu dans l'Est ontarien, ce genre de projet, même s'il carbure à l'énergie verte, provoque souvent une levée de boucliers.

M. Côté raconte que le loyer de 11 500$ par an, par éolienne, suffit généralement à convaincre les agriculteurs d'en héberger une sur leur terrain. La résistance provient des voisins qui doivent vivre avec l'éolienne sans recevoir de compensation directe...

Quand le même dirigeant de Kruger a évoqué un projet d'éoliennes aux Îles-de-la-Madeleine, mon voisin de table, l'ancien maire de Chelsea Jean Perras, n'a pu se retenir. Lui qui est rompu aux enjeux des changements climatiques m'a glissé à l'oreille: «Des éoliennes aux Îles-de-la-Madeleine? Ça, c'est si les Îles ne sont pas englouties en raison de la fonte des glaciers.»

C'est ce que je voulais dire. Il y a urgence, mon vieux.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer