Le bras dans le tordeur

CHRONIQUE/ Comme chaque fois que Gatineau fait mine d'empiéter dans un domaine... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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CHRONIQUE/ Comme chaque fois que Gatineau fait mine d'empiéter dans un domaine de compétence provinciale, il s'en trouve au conseil municipal pour pousser les hauts cris et inciter à la prudence.

Voilà que la Ville de Gatineau songe à jouer dans les plates-bandes du gouvernement du Québec en investissant 200 000 $ par année dans son université pendant 5 années consécutives.

Ce n'est rien, 200 000 $. Une goutte d'eau dans un budget municipal qui frise le demi-milliard à Gatineau. Et pourtant, cette proposition risque de provoquer de nouveaux affrontements mardi soir, lors de l'adoption du budget 2016.

Mal à l'aise avec la proposition, les conseillers Maxime Tremblay, Mike Duggan et Sylvie Goneau songent à voter contre. Ils craignent d'ouvrir toute grande la porte à du financement municipal en éducation.

Le maire Maxime Pedneaud-Jobin est en faveur de cet investissement qui cadre tout à fait avec son désir de favoriser un rapprochement entre la municipalité et l'Université du Québec en Outaouais (UQO).

Bref, la table est mise pour relancer l'éternel débat: jusqu'où une ville peut-elle décemment empiéter dans un champ de compétence provincial?

***

Disons d'abord une chose.

Il n'y a rien d'extraordinaire à voir une ville aider son université. D'autres villes l'ont fait avant Gatineau, et massivement.

Au milieu des années 2000, la Ville de Saguenay a investi 6 millions dans son université pour construire un nouveau pavillon, une route sur le campus de même qu'un nouveau terrain de soccer.

À Trois-Rivières, Sherbrooke, Rouyn-Noranda et Laval, les subsides municipaux ont contribué à ériger des instituts de recherche, de nouveaux pavillons, une coopérative de logements universitaires et des équipements de laboratoire.

Ce n'est donc pas tant la contribution de Gatineau à son université qui pose problème, mais bien les conditions qui y sont assorties. À l'UQO, l'argent devrait servir à financer de nouveaux programmes de formation, de même qu'à la création d'un observatoire régional.

Cet empressement de Gatineau à investir dans des programmes de formation plutôt que dans du béton souligne une chose: le peu d'empressement du gouvernement Couillard à investir en ce domaine malgré de belles promesses.

L'Outaouais souffre d'un important retard dans l'offre de programmes de formation tant au niveau collégial qu'universitaire, en raison de la concurrence des collèges et des universités ontariennes. Le phénomène est bien documenté et pourtant, le gouvernement libéral tarde à concrétiser le statut particulier en éducation qui permettrait à l'Outaouais de combler son retard.

Que Gatineau cherche à combler le manque d'engagement de Québec est donc tout à fait compréhensible. Même si c'est vrai qu'elle risque de mettre le bras dans le tordeur jusqu'au cou en jouant dans le carré de sable de la province.

***

Maintenant, Gatineau pousse sans doute le bouchon trop loin en proposant de financer la recherche universitaire.

En soi, cette idée d'un observatoire de recherche sur le développement de l'Outaouais est excellente. Il permettrait de développer des connaissances pointues sur la région et d'élever la qualité du débat public.

Dans le débat sur les tours de Brigil, des chercheurs pourraient apporter une contribution utile en nous disant si elles menacent réellement l'écosystème du centre-ville ou encore si elles risquent d'attiser la convoitise d'investisseurs étrangers peu scrupuleux.

Pour l'instant, je ne vois pas comment Gatineau pourrait justifier un financement de la recherche universitaire alors qu'elle manque d'argent pour entretenir son propre réseau d'infrastructures.

Mais bon, le rôle d'une ville n'est pas figé.

Il fut un temps où les municipalités se limitaient à boucher les nids-de-poule et à ramasser des poubelles. Aujourd'hui, elles se mêlent de développement économique, d'environnement et de développement social. Alors pourquoi pas d'éducation et de recherche universitaire?

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