Il s'en est fallu de si peu

L'accident du 18 septembre 2013 impliquant un bus... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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L'accident du 18 septembre 2013 impliquant un bus d'OC Transpo a fait six morts.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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CHRONIQUE/ Dès le départ, c'est ce qui m'a frappé dans les circonstances entourant le pire drame ferroviaire de l'histoire d'Ottawa. À quel point il s'en est fallu de peu pour que cette journée tragique ne soit rien d'autre qu'une journée comme les autres.

Mais voilà, c'est arrivé.

Deux ans plus tard, l'image de cet autobus d'OC Transpo, le devant arraché par un train de Via Rail à un passage à niveau de la station Fallowfield, hante toujours les mémoires.

Le Bureau de la sécurité dans les transports déposera, mercredi, son rapport final sur les événements du 18 septembre 2013. Il contiendra des recommandations pour éviter qu'une telle tragédie se reproduise.

Il est normal qu'une société comme la nôtre se questionne quand un terrible accident, qui fait six morts et 35 blessés, ébranle la confiance de la population dans son système de transport public.

En même temps, il y a des limites aux leçons qu'on peut tirer d'un accident qui semble jusqu'ici attribuable à une erreur humaine et à un malheureux concours de circonstances plutôt qu'à une faille du système.

***

Il faut relire le rapport préliminaire du BST pour réaliser que l'accident du 18 septembre ne se serait probablement jamais produit si le chauffeur d'OC Transpo avait respecté certaines consignes.

Dès le départ, les indices ont pointé en direction d'une erreur humaine. L'autobus était en parfait état de marche, le train de Via Rail aussi, tout comme le mécanisme du passage à niveau qui s'était abaissé normalement. Le chauffeur était en parfaite santé, et n'avait pris ni drogue ni alcool.

Tout indique que peu avant la collision, le chauffeur a été distrait par l'écran de surveillance installé au-dessus de son siège. Un écran qu'il avait comme consigne de ne pas regarder pendant qu'il conduit.

À ce moment, il roulait trop vite. Quand les passagers se sont mis à hurler pour avertir le chauffeur qu'un train arrivait à sa rencontre au passage à niveau, l'autobus roulait à 67 km/h, soit 7 km/h au-dessus de la vitesse permise.

Tout ça se passait quelques secondes avant la collision, alors que l'autobus se trouvait à moins de 36 mètres du point d'impact. Même à ce moment-là, il aurait suffi d'un rien pour éviter la tragédie qui s'est déroulée 3 secondes plus tard.

D'après le rapport du BST, le chauffeur a freiné quand les passagers se sont mis à crier. Mais pas à fond, du moins, pas au début. Cette petite hésitation a été fatale. S'il freinait à fond dès le début, l'autobus s'arrêtait avant le passage à niveau. S'il avait respecté la vitesse permise, il aurait également pu stopper son véhicule à temps.

***

On a beau retourner l'affaire sous toutes ses coutures, l'essentiel était en place pour assurer la sécurité des passagers. Encore fallait-il respecter les consignes de sécurité.

Jusqu'à maintenant, le BST a demandé à la Ville d'Ottawa d'avertir ses chauffeurs d'autobus de redoubler de prudence à l'approche des passages à niveau. Il a aussi enjoint OC Transpo à réviser la procédure d'utilisation des caméras vidéo sur les autobus à impériale. On a aussi amélioré la visibilité et réduit la vitesse aux approches des passages à niveau.

C'est déjà pas mal.

La Ville d'Ottawa a accepté de verser deux millions de dollars en guise de compensation à des familles et à des victimes de l'accident. C'est, en soi, un aveu de responsabilité.

On peut bien blâmer le chauffeur qui est décédé dans l'accident. N'empêche qu'une autre journée, il aurait pu faire tout ce qu'il a fait cette journée-là, dépasser la vitesse permise, être distrait par son écran, sans que cela se termine de manière aussi dramatique.

Il s'en est fallu de si peu pour que cette journée tragique ne soit rien d'autre qu'une journée ordinaire.

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