L'approche du crois ou meurs

La mouture 2.0 du projet Place des peuples... (Courtoisie, Brigil)

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La mouture 2.0 du projet Place des peuples

Courtoisie, Brigil

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CHRONIQUE / Au début, j'étais de ceux qui trouvaient que le président de la Chambre de commerce de Gatineau, Antoine Normand, avait dit une connerie.

En comparant, comme il l'a fait, les méthodes de vente du grand patron de Brigil, Gilles Desjardins, à l'approche du «crois ou meurs» de George W. Bush, il a dépassé les bornes.

L'ancien président américain a tellement mauvaise presse de ce côté-ci de la frontière que d'associer quiconque à son nom revient quasiment à proférer une insulte...

Mais bon, ce n'est pas la fin du monde, ce n'est pas une grosse connerie, ce n'est pas comme si Antoine Normand avait associé Gilles Desjardins à un dictateur sanguinaire comme Hitler, Staline ou Pol Pot.

Bref, Antoine Normand a eu vite fait de reconnaître son erreur et de présenter ses excuses.

L'affaire aurait dû en rester là.

Mais voilà, Gilles Desjardins ne l'a pas pris du tout.

Insatisfait du mea culpa de M. Normand, il réclame maintenant sa démission. Il veut qu'on l'expulse pour cinq ans de la Chambre de commerce de Gatineau, il menace de poursuivre tout le monde, soit M. Normand et les membres du conseil d'administration, si la Chambre ne rectifie pas sa position.

Rien que ça.

Moi, je trouve qu'en s'acharnant ainsi à fermer le clapet d'Antoine Normand, Gilles Desjardins est en train de lui donner drôlement raison.

***

L'approche du «crois ou meurs», c'est exactement cela. C'est quand le plus fort tente de restreindre la liberté d'expression des autres en leur soumettant un ultimatum: ou tu crois en mon projet ou tu te fermes la trappe.

Quand George W. Bush a dit au monde après les attentats du 11 septembre 2001 qu'on ne pouvait être qu'avec lui ou qu'avec les terroristes, il lançait le message qu'il ne tolérerait pas la neutralité. Il forçait une prise de position ferme. Et gare à ceux qui allaient se ranger du mauvais côté.

De la même manière, Gilles Desjardins ne se contente pas de ce qu'Antoine Normand appuie son projet de Place des peuples. Il voudrait qu'on appuie sans réserve son projet, sans émettre de critique sur l'approche qu'il a choisie pour le vendre aux gens d'affaires et à la classe politique.

Crois ou meurs.

Il y a une odeur de règlement de compte dans cette affaire.

Le style d'Antoine Normand ne fait pas l'unanimité au sein de la Chambre de commerce de Gatineau qui l'a réélu avec une mince majorité, en juin dernier, sur son adversaire Jean-François Béland. Le rôle du président a été au centre de cette première véritable élection en 20 ans au sein de l'association.

Gilles Desjardins fait partie des entrepreneurs qui croient que le président doit d'abord défendre les intérêts de ses membres, peu importe leur style. À ses yeux, un président qui critique un membre agit de manière «inadmissible».

À l'opposé, Antoine Normand représente une faction de la Chambre qui croit que le rôle du président s'assortit d'une dimension politique. Qu'au lieu d'être tournée sur elle-même, la Chambre doit s'ouvrir sur la communauté et participer de près au débat public.

Aux dernières nouvelles, c'est Antoine Normand qui a été réélu à la présidence de la Chambre de commerce, pas Gilles Desjardins.

Le grand patron de Brigil a tout à fait le droit de trouver qu'Antoine Normand se mêle trop de politique, en plus de se tenir trop près de l'administration du maire Maxime Pedneaud-Jobin.

Mais il dépasse les bornes à son tour en réclamant la démission d'un président qui exerce son rôle exactement comme il avait dit qu'il le ferait.

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