Plus de questions que de réponses

Marc-André Gélinas devant la Commission Charbonneau... (Archives PC)

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Marc-André Gélinas devant la Commission Charbonneau

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CHRONIQUE / Même s'il consacre plusieurs pages au désormais célèbre «cartel de Gatineau», le rapport de la commission Charbonneau nous laisse quand même sur notre faim.

L'ancien directeur de Tecsult, Marc-André Gélinas, avait créé une onde de choc en révélant l'existence d'un système de collusion pratiquement indétectable à Gatineau lors de son témoignage en 2013.

Pendant des années, les dirigeants des grosses firmes de génie-conseil tenaient des réunions secrètes pour truquer les appels d'offres de la Ville de Gatineau. Au fil des ans, le groupe a réussi à obtenir entre 80 à 85% des contrats municipaux.

Le plus troublant, c'est que n'eut été le témoignage de M. Gélinas, la Ville de Gatineau n'aurait jamais détecté le stratagème tant les firmes se montraient habiles pour truquer les prix sans éveiller les soupçons.

Le témoignage de Marc-André Gélinas soulevait donc une question extrêmement préoccupante: comment un tel stratagème a-t-il pu exister si longtemps sans être détecté? Est-ce un cas isolé ou la pointe de l'iceberg? Et comment faire pour contrer ce genre de magouille organisée?

Déception: le rapport de la commission Charbonneau se contente de rapporter l'essentiel du témoignage de M. Gélinas - sans rien rajouter. Le cartel de Gatineau est traité comme un exemple parmi tant d'autres dans le volumineux rapport de 1700 pages.

Pourtant, il me semble qu'il y avait lieu d'approfondir le cas.

Comment expliquer, par exemple, que le stratagème de collusion à Gatineau n'impliquait que des dirigeants d'entreprises, et pas des politiciens ou des fonctionnaires comme on l'a vu ailleurs au Québec?

Est-ce parce que Gatineau est plus transparente que d'autres dans l'octroi des contrats publics? Est-ce en raison de l'absence de parti politique sur la scène municipale durant la période de collusion?

On ne le sait pas.

***

Après le témoignage de Marc-André Gélinas, on s'est demandé si d'autres gros contrats publics, comme le Rapibus, comme l'autoroute 50, comme les appels d'offres pour le nouveau Guertin, ont pu être entachés par des malversations.

Le rapport de la commission Charbonneau ne fournit pas de réponses à ces questions. Mais on peut penser que l'existence même de la commission a provoqué le déclenchement de certaines enquêtes de l'UPAC et du Bureau de la concurrence du Canada en Outaouais.

Reste à voir si cette lame de fond visant à assainir l'octroi des contrats publics au Québec se poursuivra maintenant que la commission a effectué son travail.

Mais il va s'en trouver une gang pour dire que ces quatre ans de travail, ces centaines d'audiences et tous ces millions ont été dépensés en pure perte. On cherche vainement dans le rapport des constats clairs pour orienter la lutte à la corruption et à la collusion. Le résultat final tient davantage du compte rendu que de la critique.

Le profond désaccord entre les deux commissaires sur l'existence de liens entre l'octroi de contrats et le financement des partis politiques ne fait rien pour rendre ce rapport plus éclairant.

À moins, comme l'a laissé entendre la juge Charbonneau, qu'il n'existe tout simplement pas de solutions miracles pour contrer les crocheries dans l'industrie de la construction.

Le témoignage de Marc-André Gélinas le montre assez bien, la collusion et la corruption sont difficiles à détecter sans un dénonciateur qui alerte les autorités, souvent au péril de sa propre carrière.

Oui, il faut sans doute mieux protéger les dénonciateurs, même si les enquêtes pour vérifier le type d'information qu'ils fournissent sont complexes et coûteuses à mener.

Faut-il aller aussi loin que de permettre à des particuliers de poursuivre des fraudeurs au nom de l'État, comme aux États-Unis? On dit que ce type de législation a permis de récupérer d'importantes sommes dérobées au trésor public chez nos voisins du Sud. L'ennui, c'est qu'une loi pareille risque de provoquer une avalanche de plaintes frivoles.

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