Quand l'horreur nous rattrape

L'ancien conseiller de la Ville de Gatineau, Patrice... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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L'ancien conseiller de la Ville de Gatineau, Patrice Martin, a vu la mort de près dans sa chambre d'hôtel du Radisson Blu de Bamako, au Mali.

Etienne Ranger, Archives LeDroit

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CHRONIQUE/ Planqué dans sa chambre d'hôtel du Radisson Blu de Bamako, le Gatinois Patrice Martin a cru que sa dernière heure était venue en entendant les terroristes frapper à la porte voisine de la sienne. À ce moment-là, cela faisait une douzaine d'heures qu'il était terré dans sa chambre d'hôtel, comme plusieurs des 170 autres otages retenus par un groupe d'hommes armés.

«Je vais bien», a-t-il écrit dans un courriel envoyé vendredi au Droit. «En effet, c'est passé un peu trop proche à mon goût.»

S'il est encore en vie, Patrice Martin le doit aux militaires maliens qui ont donné l'assaut in extremis, mettant fin à la prise d'otages revendiquée par des djihadistes liés à Al-Qaïda.

Deux terroristes auraient été tués, ainsi qu'une vingtaine d'otages. Patrice Martin aurait échappé de justesse au bain de sang.

«Les terroristes étaient rendus à une porte de la sienne, il a cru que son heure était venue», raconte Alain Riel, son ami et ex-collègue à la table du conseil municipal de Gatineau. Il a pu parler au téléphone à Patrice Martin dans les heures qui ont suivi sa libération.

«Il était sain et sauf, mais encore sous le choc. Sa voix tremblait. Je ne l'ai jamais senti ébranlé comme ça», raconte M. Riel, lui-même très bouleversé par le drame.

Des médias ont rapporté hier que les terroristes libéraient des otages capables de réciter le Coran. M. Riel frémit à l'idée que les ravisseurs auraient pu s'en prendre à son ami.

M. Martin s'est réfugié dans un bunker de l'ambassade canadienne à Bamako où il était en sécurité. On organisait vendredi son retour au pays.

***

J'étais tout aussi ébranlé qu'Alain Riel.

Pendant toutes ces années passées à couvrir la politique municipale à Gatineau, j'ai côtoyé de près Patrice Martin qui était l'homme de confiance de l'ex-maire Marc Bureau.

C'est un chic type, un idéaliste, qui était devenu la conscience verte de l'ancien conseil municipal. Un artiste dans l'âme aussi, qui a écrit un roman et gagné des concours de musique. Il m'a toujours semblé un peu égaré en politique où la plate réalité vient vite à bout des plus nobles aspirations.

Je crois qu'il n'a jamais trop aimé les journalistes. Mais en dehors des relations parfois tendues avec la presse, j'ai toujours apprécié l'homme. Il est doté d'un humour à la fois subtil et décapant. Et d'une grande culture.

Je l'ai perdu de vue depuis 2013. Après deux mandats de conseiller municipal où il a exercé de lourdes responsabilités, dont la présidence de la Société de transport de l'Outaouais (STO), il avait décidé de retourner à son boulot de greffier principal adjoint à la Chambre des communes.

Alors qu'est-ce qu'il faisait à Bamako vendredi?

Il participait à une mission de soutien diplomatique avec l'Assemblée parlementaire de la Francophonie.

Comme ceux qui l'ont côtoyé lors de son passage en politique, j'étais sous le choc. Tout en étant soulagé de le savoir indemne.

D'imaginer Patrice Martin, un gars de chez nous, planqué dans une chambre d'hôtel du Mali, à la merci de djihadistes armés, c'est à vous glacer le sang.

Après les attentats de Paris, on s'est tous sentis solidaires de nos cousins français, tout en étant soulagés qu'aucun des nôtres ne se retrouve parmi les victimes au Bataclan et sur les terrasses des cafés parisiens.

Quelque part, dans un coin reculé de notre esprit, on souhaite confusément que ce genre de tragédie n'arrive qu'aux autres. Du fin fond de l'Afrique, l'illusion s'est dissipée vendredi. L'horreur a pris un visage connu. Elle nous a rattrapés à deux pas de chez nous.

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