On n'a pas le temps

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La photo du petit Alan Kurdi, 3 ans, a ému le monde entier en septembre. Mais après les attentats de Paris, l'heure est à la méfiance.

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CHRONIQUE / Alors là, un gros bravo.

Quand on a retrouvé le petit Alan mort noyé sur une grève en Turquie, vous trouviez que le Canada n'en faisait pas assez pour faire émigrer sa famille chez nous.

Maintenant que le Canada a décidé d'accueillir 25 000 réfugiés syriens d'ici la fin de l'année, vous branlez dans le manche. Vous avez peur. Tout d'un coup qu'un ou deux terroristes se glisseraient dans le lot.

J'entends des maires, des députés, des ministres réclamer des délais. Il faut prendre le temps de bien faire les choses, dites-vous. Le temps de bien faire les vérifications de sécurité. Le temps?

Pendant qu'on est là à niaiser autour d'un chiffre, des bombes continuent de tomber sur la tête des gens en Syrie et en Irak. Il y a des exactions, des viols, des décapitations, des défenestrations. Et dans le lot des innocentes victimes, il y a d'autres petits Alan.

Qu'est-ce qu'il vous faut pour vous convaincre que le temps presse? Des photos d'enfants déchiquetés par les explosions?

Avoir du temps devant soi, c'est le luxe d'une société éloignée de la guerre comme la nôtre.

***

N'oubliez pas que les terroristes gagnent quand ils arrivent à susciter des réactions de repli sur soi comme en voit ces jours-ci en France, aux États-Unis et ici même au Canada. C'est exactement le genre de réactions qu'ils cherchent à provoquer en semant la terreur.

«Je ne dis pas que c'est une réaction inutile ou inappropriée. Mais c'est le piège qu'il faut éviter à tout prix», me disait Noomane Raboudi, de l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa.

Il dit qu'en France, le réflexe de se retrancher derrière l'islamophobie cache en fait un vieux fond de racisme contre les Arabes. «Malheureusement, ça commence à se transporter au Canada», constate-t-il.

***

Sous l'emprise de la peur, on n'entend plus la voix de la raison.

On craint qu'un terroriste se dissimule parmi la masse des 25 000 réfugiés syriens. Alors que les experts s'évertuent à nous répéter que si un groupe voulait commettre un attentat au Canada, il serait beaucoup plus simple pour lui de recruter des Canadiens plutôt que de passer par la filière longue et compliquée de l'immigration.

À Paris, faut-il le rappeler, les auteurs des attentats étaient... des Français.

On a aussi entendu cet ex-agent du service de renseignement canadien, Dave Charland, répéter sur de nombreuses tribunes: «Prenez n'importe quelles 25 000 personnes dans la société canadienne. Il y a autant de chance qu'une de ces 25 000 personnes commette un acte terroriste dans les prochains mois qu'une personne dans ces 25 000 réfugiés-là.»

Ça vous rassure?

Non, je sais.

D'après un sondage Angus Reid divulgué mercredi, plus de la moitié des Canadiens s'opposent au plan de Justin Trudeau. Raison invoquée par la majorité des opposants: le manque de temps pour filtrer efficacement une telle masse de réfugiés syriens.

C'est fabuleux.

Tout le monde ou presque a déjà son idée de fait sur le plan de Trudeau. Alors que personne ne l'a encore vu! Mais c'est un détail insignifiant, n'est-ce pas? Pourquoi s'embarrasser des faits et de l'avis des experts quand on a le gros bon sens de notre bord?

D'accord, vous avez peur?

Au moins, qu'on se dépêche de faire émigrer les femmes et les enfants au Canada. On verra pour la suite.

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