La même barbarie

Arrivé au Canada en 2008, Fadi Attala a... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Arrivé au Canada en 2008, Fadi Attala a réussi à faire venir ses parents. Il reste sa soeur qui est coincée dans un camp de réfugiés au Liban.

Etienne Ranger, Archives LeDroit

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CHRONIQUE/ Petit rappel utile: l'immense majorité des réfugiés syriens n'émigrent pas au Canada pour fonder des cellules terroristes.

La plupart fuient la barbarie, la même atroce barbarie qui a frappé Paris vendredi pour faire au moins 129 morts dans la Ville Lumière.

Ce n'est pas de gaieté de coeur que des millions de gens fuient les villes de Syrie et d'Irak pour se réfugier dans des camps insalubres et surpeuplés du Liban ou qu'ils risquent leur vie et celles de leurs enfants pour traverser la mer sur des embarcations de fortune.

À une époque pas si lointaine, la Syrie était une société vibrante et cultivée du Moyen-Orient. Même sous la coupe d'un tyran comme Bachar el-Assad, le pays connaissait une certaine prospérité.

Une amie qui y a séjourné avant la guerre civile en garde un souvenir impérissable. Elle m'a parlé avec ferveur de la vie à Damas, de ses terrasses en plein air bondées de monde jusque tard dans la nuit, de la richesse de cette civilisation et de la beauté des Syriens.

À la fin de notre conversation, elle s'était tournée vers moi. «Tu sais, si ce n'était de la guerre, ils ne viendraient pas ici, ils resteraient chez eux!»

C'est l'évidence.

Et pourtant, il vaut la peine de se le rappeler alors que les attentats de Paris ravivent, comme il fallait s'y attendre, les vieux réflexes de repli sur soi face à l'immigration.

Les images de cadavres empilés sur les terrasses des cafés parisiens et au Bataclan ont déjà supplanté dans l'imaginaire collectif la photo d'Alan Kurdi, le jeune réfugié syrien retrouvé noyé sur une plage de Turquie.

La compassion a cédé le pas à la peur.

Et ça fait l'affaire des groupes terroristes qui misent sur la crainte de l'étranger et la montée de la droite pour stimuler le recrutement de nouveaux combattants.

Justement, des pétitions circulent au Canada pour s'opposer à la venue au pays de 25 000 réfugiés syriens d'ici la fin de l'année comme promis par les libéraux.

Jusqu'à maintenant, le premier ministre Justin Trudeau garde le cap sur sa promesse malgré les délais très courts.

«Il ne faudrait surtout pas arrêter ce beau projet d'accueillir des réfugiés syriens à cause de gestes commis par des fanatiques», plaide Fadi Attala, prêtre de la paroisse Saint-Paul des Syriaques catholiques d'Ottawa.

Le village natal de Fadi Attala est tombé aux mains du groupe armé État islamique (EI) au début du mois d'août dernier. Les soldats de l'EI ont pris en otage 230 civils avant de détruire le vieux monastère à coups de bulldozer.

Après l'attaque, la grande majorité des habitants a fui la ville. «Les chrétiens ont fui, mais aussi 95% des musulmans parce qu'ils ne peuvent et ne veulent pas vivre sous la coupe de l'État islamique», raconte-t-il.

Vu d'ici, on a l'impression que l'islamisme radical est braqué contre le mode de vie des Occidentaux. On oublie trop souvent qu'en Syrie, la guerre oppose des musulmans à d'autres musulmans.

Arrivé le premier au Canada en 2008, Fadi a réussi à faire venir ses parents. Il reste sa soeur qui est coincée dans un camp de réfugiés au Liban.

Fadi s'est jusqu'ici porté garant de cinq familles syriennes ciblées par des groupes de parrainage au Canada. «Des gens bien, que je connais très bien», dit-il.

Ne pensez pas que Fadi est différent des autres Canadiens. Lui aussi est d'accord avec un contrôle de sécurité serré à l'endroit des réfugiés. Si les Syriens fuient la terreur, ce n'est pas pour qu'elle les rattrape sur leur terre d'accueil.

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