Un héros de trop

Michael Zehaf-Bibeau a tué un soldat à Ottawa... (Archives, La Presse Canadienne)

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Michael Zehaf-Bibeau a tué un soldat à Ottawa avant de se rendre sur la colline du Parlement en octobre 2014.

Archives, La Presse Canadienne

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CHRONIQUE/ Faut-il qu'on manque de tragédies dans ce pays pour se disputer ainsi le crédit d'un acte héroïque?

Je vous parle de ce psychodrame opposant la GRC et les agents de sécurité du parlement à propos de l'attentat du 22 octobre 2014 à Ottawa.

Les deux groupes se disputent le mérite d'avoir arrêté Michael Zehaf-Bibeau ce jour-là, alors qu'il venait de pénétrer armé dans l'édifice du Centre avec l'intention de commettre un acte terroriste.

C'est un communiqué de la GRC, publié le 9 novembre, qui a mis le feu aux poudres. On y présente les agents de sécurité qui seront décorés prochainement pour avoir contribué à neutraliser Zehaf-Bibeau comme des «civils» qui ont «aidé» les agents de la GRC à accomplir leur travail.

Le communiqué a beau préciser qu'il s'agit d'une «aide exceptionnelle dans des circonstances dangereuses», le mal était fait.

L'Association des employés du Service de protection de la Chambre des communes (AESS) ne l'a pas pris. Son président, Roch Lapensée, a accusé la GRC de vouloir réécrire l'histoire de l'attentat en minimisant le rôle des constables.

«Le communiqué de la GRC indique que les membres de l'AESS seront honorés en raison de l'assistance qu'ils ont apportée à la GRC. Alors que la situation sur le terrain était exactement à l'inverse!», a déclaré M. Lapensée à Radio-Canada.

Il n'a pas tort.

C'est entre autres parce que le filet extérieur de sécurité, sous la responsabilité de la GRC, n'a pas fonctionné que les agents de sécurité ont dû intervenir. Un rapport indépendant de la Police provinciale de l'Ontario (PPO) a été très clair là-dessus.

Une fois à l'intérieur du parlement, Zehaf-Bibeau s'est approché, sans le savoir, à quelques pas du premier ministre.

On connaît la suite.

Alerté par les coups de feu, le sergent d'armes Kevin Vickers est allé chercher une arme dans son bureau. Quand il est ressorti, il s'est retrouvé pratiquement face à face avec Michael Zehaf-Bibeau qu'il a arrosé d'une pluie de balles. À peu près en même temps, un agent de la GRC, embusqué non loin de là, a aussi déchargé son arme sur le suspect.

***

Bref, deux minutes à peine après avoir pénétré dans le parlement, Michael Zehaf-Bibeau s'est écroulé, le corps criblé de 31 balles. L'autopsie a révélé que deux d'entre elles étaient mortelles: une à la tête et l'autre au coeur.

Qui a donné le coup de grâce? Kevin Vickers, que le Parlement s'est empressé d'élever au rang de héros au lendemain de l'attentat? Ou l'agent de la GRC qui se dit convaincu, dans son témoignage à la PPO, d'avoir atteint Zehaf-Bibeau à la tête? L'enquête ne le dit pas.

Et on s'en fout.

À la lecture du rapport de la PPO, il est clair qu'au-delà des erreurs commises de part et d'autre, c'est le travail conjoint des agents de sécurité et de la GRC qui a permis d'arrêter Zehaf-Bibeau.

Avant de se retrouver acculé dans une alcôve pour recevoir le coup de grâce, le tireur était déjà gravement blessé par des tirs essuyés en faisant sa route jusque-là.

Tout ce psychodrame risque de miner la confiance de la population. Les gens en retiendront que les différents corps policiers et de sécurité ont de la difficulté à collaborer entre eux. Alors que pour arrêter le prochain Zehaf-Bibeau, le travail d'équipe est primordial.

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