Charité rock star

Justin Trudeau a dit aux jeunes qu'ils n'avaient... (Adrian Wyld, La Presse Canadienne)

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Justin Trudeau a dit aux jeunes qu'ils n'avaient pas à attendre de devenir premier ministre du Canada pour changer le monde. Son épouse, Sophie Grégoire-Trudeau, a parlé de ses troubles alimentaires passés.

Adrian Wyld, La Presse Canadienne

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CHRONIQUE/ Allez, je vais passer pour un vieux grincheux.

J'étais à ce genre de concert rock au centre Canadian Tire d'Ottawa où Justin Trudeau a pris la parole devant 16 000 jeunes survoltés mardi après-midi.

Le premier ministre, qui s'exprimait en public pour la première fois depuis son assermentation, a été accueilli par une ovation digne d'une rock star.

Trudeau est venu lancer un message inspirant aux jeunes. Il leur a dit qu'ils n'avaient pas à attendre de devenir premier ministre du Canada pour changer le monde.

À ses côtés, son épouse Sophie Grégoire-Trudeau a parlé de ses troubles alimentaires passés. Elle a invité les jeunes à s'aimer et à se respecter eux-mêmes.

Le discours motivateur des Trudeau était tout à fait dans le ton de cette grande journée du We Day (Unis pour l'action) qui vise à récompenser et motiver l'engagement bénévole des jeunes.

Le bref passage sur scène de Trudeau s'est conclu par un moment surréaliste.

Un animateur de foule s'est mis à scander «Trudeau, Trudeau, Trudeau». Un cri de ralliement vite repris par les jeunes. Ce à quoi Trudeau lui-même a vite répondu en martelant au micro: «Canada, Canada, Canada...»

Qui sait?

Peut-être que le premier ministre s'est senti mal à l'aise du tour partisan que prenaient les événements et qu'il a voulu détourner l'attention de sa seule personne.

***

En même temps, l'anecdote illustre bien tout ce qu'il y avait de clinquant et de malaisant dans le spectacle d'hier.

L'organisation derrière le We Day, Free the Children, se donne comme mission de changer le monde en éduquant toute une nouvelle génération de jeunes à l'importance des enjeux sociaux.

Une noble cause, on s'entend. Et qui donne de bons résultats. L'organisation a amassé 62 millions de dollars depuis 2007 grâce à la contribution des jeunes à des projets aussi bien locaux qu'internationaux.

Je ne doute pas non plus de l'engagement sincère et sérieux des jeunes eux-mêmes. Ils devaient gagner chèrement leur billet gratuit à la journée d'hier en s'engageant bénévolement dans leur communauté.

J'ai parlé à Isabella Orozco-Madison de l'école secondaire Garneau d'Ottawa. Elle s'est découvert une véritable vocation à travers son implication. À son école, ils ont amassé des denrées pour les pauvres, en plus de récolter de l'argent pour construire une école au Kenya. Isabella s'est découvert une passion pour les droits de l'homme et rêve d'une carrière à l'ONU.

Non, j'en ai contre le We Day lui-même, une mascarade qu'on répète chaque année dans plusieurs villes du Canada, des États-Unis et de la Grande-Bretagne. L'admirable engagement bénévole des jeunes y est emballé d'un marketing dégoulinant de bons sentiments et de superficialité.

Le spectacle me semble de toute évidence destiné à satisfaire les impératifs de la webdiffusion de même que les commanditaires. Le tout avec animateurs de foule, publicités et interdiction de sortir de l'enceinte pendant que les caméras tournent.

À plusieurs reprises, on a encouragé les jeunes à gazouiller des selfies et des images.

Pour les discours réellement inspirants de certaines vedettes invitées - l'athlète paraplégique Rick Hansen et le juge autochtone Murray Sinclair - on a eu droit à des clichés imbuvables de la part de vedettes pops comme «Vous êtes les héros de demain» ou «Unis, on est plus forts.»

Au milieu de cet orage de musique tonitruante et de slogans éculés, il m'a semblé qu'on était soudain loin, très loin des écoliers pauvres du Kenya.

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