Procrastination climatique

La grande injustice du réchauffement climatique, c'est que... (Philippe Desmazes, AFP)

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La grande injustice du réchauffement climatique, c'est que les effets néfastes touchent souvent de plein fouet les nations pauvres du Sud.

Philippe Desmazes, AFP

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CHRONIQUE / Si de méchants extraterrestres menaçaient de conquérir la terre, les pays du monde entier se mobiliseraient contre l'envahisseur pour sauver leur peau. Mais la vie a peu à voir avec le fantasme d'Hollywood...

Dans la vraie vie, un monstre qui risque de faire basculer 100 millions de personnes dans l'extrême pauvreté d'ici 15 ans, ce n'est pas encore assez pour mobiliser le monde.

L'ennemi commun de l'humanité existe pourtant bel et bien. Il a le défaut d'être moins effrayant que des créatures hideuses et dégoulinantes de bave venues de l'espace.

Le réchauffement de la planète n'en est pas moins une menace bien réelle.

D'après la Banque mondiale, si rien n'est fait pour freiner le dérèglement climatique, le choc agricole, la misère et la maladie décimeront des millions de personnes en Afrique, en Asie du Sud, en Inde...

Chez nous? Je ne sais pas. Peut-être que nos hivers seront moins froids.

C'est la grande injustice du réchauffement. Les effets néfastes épargnent les grands pollueurs industrialisés du nord pour toucher de plein fouet les nations pauvres du sud.

Mais on aurait tort de rester indifférent.

La menace climatique risque de déclencher une catastrophe humanitaire d'une ampleur bien supérieure à la crise des migrants qui vire l'Europe à l'envers.

Jusqu'ici, le monde n'a pas su réagir de manière concertée face à cette menace grandissante et de mieux en mieux documentée au plan scientifique.

On parle de notre monde comme d'un village global. En réalité, les États continuent de faire ce qu'ils ont toujours fait. S'allier entre eux contre d'autres États pour défendre leurs intérêts.

Les États n'ont pas encore démontré qu'ils sont capables de s'unir quand l'ennemi commun n'est pas un autre pays, mais plutôt une menace diffuse, comme le réchauffement planétaire.

***

C'est le défi qui attend les dirigeants de la planète à la Conférence de Paris sur le climat à la fin du mois: mettre fin à la procrastination climatique.

La précédente conférence à Copenhague, en 2009, a abouti à un échec. Cette fois-ci, on a amorcé plus tôt les négociations pour explorer les compromis possibles.

Nouvelle encourageante: les grands pollueurs comme les États-Unis, la Russie, la Chine et l'Inde seront de la partie dès le départ. Barack Obama et Vladimir Poutine ont promis d'y être.

De passage à Paris ce week-end, la ministre de l'Environnement, Catherine McKenna, a annoncé le retour du Canada dans la lutte aux changements climatiques, après les années Harper consacrées à la défense des intérêts pétroliers.

Maintenant, il faudra voir si toutes ces belles intentions aboutiront sur un accord capable de contenir le réchauffement global à 2 °C par rapport au niveau préindustriel, tout en respectant les besoins et capacités de chaque pays.

***

Pour l'instant, on est loin du compte considérant les engagements pris par l'ensemble des nations.

Au Canada, la ministre McKenna aura fort à faire pour rallier un consensus des provinces autour d'un cadre national pour combattre les changements climatiques.

Sur les cibles à atteindre pour le Canada, Justin Trudeau a jusqu'ici cultivé l'ambiguïté. En campagne électorale, le chef libéral a courtisé les environnementalistes, tout en ménageant les susceptibilités de l'industrie pétrolière.

Avec pour résultat que les groupes environnementaux se méfient visiblement du nouveau premier ministre. Même s'ils se réjouissent du départ de Stephen Harper, ils ont décidé de garder Trudeau à l'oeil comme en témoignent les manifestations du week-end à Ottawa.

Le fait qu'en toute fin de campagne, un proche collaborateur de M. Trudeau ait transmis des informations privilégiées à TransCanada n'est sans doute pas étranger à leurs inquiétudes.

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