Le problème du gros bon sens

En 2010, le gouvernement conservateur a fait disparaître... (Sean Kilpatrick, Archives PC)

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En 2010, le gouvernement conservateur a fait disparaître le questionnaire détaillé du recensement.

Sean Kilpatrick, Archives PC

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CHRONIQUE / C'est tellement plus facile de gouverner quand les gens sont tenus dans l'ignorance.

Tu peux dire que tu vas renforcer les peines contre les criminels pour avoir l'air d'un champion de la loi et l'ordre. Et personne ne viendra te rappeler que le crime est en baisse dans ton pays.

Tu peux dire que tu vas éliminer un registre des armes pour plaire aux fermiers de l'Ouest. Et tant pis si les chefs de police te disent qu'ils en auraient bien besoin pour traquer les criminels.

Tu peux dire que tu vas interdire le niqab dans les cérémonies d'assermentation et ainsi te draper dans les valeurs canadiennes. Et tant pis si cette réalité, qui touche une infime minorité, ne menace rien du tout.

Tu peux dire que les changements climatiques n'existent pas pour plaire à tes copains de l'industrie du pétrole et émasculer le processus d'évaluation environnementale. Et tant pis pour les scientifiques qui s'inquiètent du réchauffement de la planète.

Quand tu prétends gouverner sur la base du gros bon sens, de l'idéologie et du dogmatisme, c'est tellement plus facile quand il n'y a pas de données scientifiques pour contredire tes certitudes.

Alors oui, le retour du long formulaire de recensement obligatoire est une bonne nouvelle pour la démocratie et les scientifiques canadiens.

Après 10 ans de régime Harper, ils commençaient à être affamés.

Le gouvernement Trudeau a démontré jeudi un signe de son sérieux à réhabiliter la connaissance scientifique au pays.

Le retour du questionnaire long est une bonne nouvelle pour les minorités linguistiques, les pauvres, les autochtones, les habitants des petites communautés.

Dans leur cas, c'est une assurance de plus qu'ils ne tomberont pas dans l'oubli quand viendra le temps d'élaborer les grandes politiques publiques du pays.

C'est une bonne nouvelle pour la démocratie canadienne en général. Un débat fondé sur la raison et sur des données scientifiques a de meilleures chances de déboucher sur un terrain d'entente que sur un conflit.

Surtout, la connaissance permet d'évaluer les propositions au mérite.

Quand Stephen Harper a décrété que le recensement long devenait optionnel en 2011, il disait trouver inadmissible que des gens risquent des amendes ou la prison en refusant de répondre à un questionnaire. Il soutenait à l'époque que ce n'était pas une «façon appropriée» d'obtenir la coopération du public.

Ah oui?

C'était surtout oublier fort commodément que la population avait répondu de bonne grâce, dans une proportion de 94%, au recensement de 2006. Ceux qui rechignaient à le faire ont eu droit à un accompagnement de Statistique Canada.

C'était faire fi du fait que dans toute l'histoire canadienne, on a répertorié un seul cas où il a fallu employer des moyens plus coercitifs à l'endroit d'un citoyen qui doutait de l'utilité du questionnaire. 

Et encore, rappelait jeudi le ministre Jean-Yves Duclos, ça s'est bien réglé.

Mais bon, pourquoi Harper se serait-il embarrassé des faits et de l'avis des experts quand il avait le gros bon sens de son bord?

Au bout du compte, le recensement volontaire a coûté plus cher aux contribuables, en plus de nuire à la fiabilité des résultats recueillis en 2011.

C'est là tout le problème avec le gros bon sens. On réalise trop tard qu'il n'était pas si gros et si bon que ça.

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