Quelle sorte de parité?

En s'imposant un quota pour réaliser l'égalité des... (Sean Kilpatrick, Archives PC)

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En s'imposant un quota pour réaliser l'égalité des sexes au sein de son cabinet, Justin Trudeau dessert peut-être la cause qu'il prétend servir.

Sean Kilpatrick, Archives PC

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CHRONIQUE / Maintenant, j'ai bien hâte de voir comment se matérialisera cette parité homme-femme au sein du conseil des ministres de Justin Trudeau.

Est-ce que ce sera une parité de pure forme? Ou bien les femmes obtiendront-elles des responsabilités ministérielles équivalentes à celles de leurs vis-à-vis masculins?

Au Québec, Jean Charest ne s'était pas contenté de réaliser une parité de façade au sein de son cabinet en 2007.

L'ancien premier ministre avait nommé des femmes à des postes stratégiques, alors qu'il se trouvait à la tête d'un gouvernement libéral minoritaire.

Qu'on se souvienne de Nathalie Normandeau comme vice-première ministre, Monique Jérôme-Forget aux Finances, Michelle Courchesne à l'Éducation, Monique Gagnon-Tremblay aux Relations internationales, Line Beauchamp à l'Environnement.

À l'époque, Charest avait l'embarras du choix parmi une brochette de candidates ministrables.

L'ancien premier ministre avait surtout démontré que la parité homme-femme n'est pas qu'affaire de quotas. C'est d'abord et avant tout une question de recrutement.

«Le vieux coup des partis politiques, c'est de recruter, lors des élections générales, des femmes dans les comtés perdus d'avance», racontait Jean Charest à Radio-Canada en septembre dernier.

«Moi, mon objectif, ajoutait-il, c'était une parité pas seulement en chiffres, mais aussi en terme de responsabilités.»

Et la clé pour réussir une vraie parité homme-femme en politique, selon lui, c'était de recruter des candidates de qualité avec de réelles chances de l'emporter. Un objectif impossible à réaliser sans un chef qui croit en la parité et un parti qui se donne un plan pour y parvenir, ajoutait-il.

***

Alors oui, Justin Trudeau a le mérite de poser un geste concret pour favoriser une plus grande présence des femmes dans les hautes sphères du pouvoir fédéral.

Mais en s'imposant un ratio 50/50 pour réaliser l'égalité des sexes au sein de son cabinet, Trudeau dessert peut-être la cause qu'il prétend servir. Parce que le quota, c'est couru d'avance, va teinter toutes les nominations qu'il fera aujourd'hui.

Chaque fois, on remettra en question le mérite des candidates qui forment, grosso modo, le quart de la députation libérale.

On se questionnera à savoir si cette nouvelle ministre, qu'elle se nomme Mélanie Joly (Ahuntsic-Cartierville) ou Catherine McKenna (Ottawa-Centre), n'a pas pris la place d'un collègue plus compétent qu'elle au sein du cabinet du seul fait qu'elle est une femme.

Et c'est bien dommage.

Il s'en trouvera pour dire que la sélection d'un conseil des ministres devrait se faire uniquement en fonction de la compétence, sans égard aux autres considérations. C'est oublier que, dans la vraie vie, ça n'arrive jamais.

Les chefs de gouvernement tiennent compte d'une foule de facteurs autres que la compétence pour former leur cabinet. Ça va de simples affinités personnelles à la représentation régionale, en passant par les minorités, les groupes ethniques, les qualités de parlementaire... et j'en passe.

Bien sûr qu'il faut viser la parité homme-femme dans les sphères du pouvoir politique. C'est une question d'équité et de justice.

Mais l'égalité des sexes ne passe pas par des quotas, notait le Directeur général des élections du Québec dans un rapport publié en 2014. Il recommandait plutôt aux partis politiques de se doter de plans pour attirer davantage de femmes dans des circonscriptions où elles ont des chances raisonnables d'être élues.

Plus de candidates, et plus de candidates de qualité, c'est le meilleur moyen de faire taire les critiques. Et de donner aux femmes la place qui leur revient dans les hautes sphères du pouvoir.

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