Incompréhension inconditionnelle

Patrick Brazeau... (La Presse Canadienne)

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Patrick Brazeau

La Presse Canadienne

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CHRONIQUE/ Si le juge Valmont Beaulieu avait eu à se prononcer sur la capacité de jugement de l'ex-sénateur Patrick Brazeau, pas sûr qu'il lui aurait accordé l'absolution inconditionnelle mercredi matin.

Mais voilà, le tribunal n'est pas là pour décider du jugement, bon ou mauvais, de qui que ce soit. Il est là pour juger de la gravité d'un crime et pour imposer un châtiment juste et approprié à l'individu.

Rien de plus, rien de moins.

Il s'en trouvera pour dire que Patrick Brazeau avait de bons avocats et qu'il s'en tire à bon compte. Peut-être.

Dans les faits, le juge Beaulieu n'avait guère le choix d'entériner la proposition négociée par les avocats des deux parties. Un tribunal de première instance entérine généralement ce type d'entente à moins d'avoir de sérieuses raisons de s'y opposer.

Or dès le départ, le témoignage de la victime a semblé peu crédible au juge Beaulieu. Même la Couronne s'estimait incapable de démontrer hors de tout doute raisonnable qu'il y a eu agression sexuelle lors de l'altercation entre Brazeau et sa présumée victime, en février 2013.

Quant aux voies de fait admises par le sénateur déchu, elles sont survenues dans le contexte d'une bousculade impliquant les deux protagonistes, à une date précise, et sans résulter par des lésions corporelles, a noté le juge. Traduction libre: il n'y a pas de preuve hors de tout doute raisonnable que Brazeau est un batteur de femmes.

Même en ajoutant le fait que M. Brazeau s'est reconnu coupable de possession de cocaïne, le juge a tranché. Il n'y a rien dans toute cette histoire pour valoir un casier judiciaire à M. Brazeau. Et donc rien pour le priver de son ambition de retrouver un jour son siège au Sénat canadien.

***

Pour reprendre la délicieuse expression d'un internaute sur Twitter, la décision du juge Beaulieu risque de se buter à l'«incompréhension inconditionnelle» du public...

Pour le juge, Brazeau est un individu à sa première infraction, avec un faible risque de récidive. Un gars qui vit injustement depuis deux ans et demi avec une étiquette de batteur et d'agresseur de femme qui le suivra probablement toute sa vie.

Mais pour la population, c'est autre chose.

On reproche surtout à Patrick Brazeau de s'être montré indigne de sa nomination au poste de sénateur à l'âge de 34 ans, en 2009. Il avait tout pour lui. Un poste à vie, une personnalité charismatique et l'occasion de se tailler une place enviable au Sénat comme champion de la cause autochtone.

Or depuis sa nomination, M. Brazeau a surtout fait parler de lui pour les mauvaises raisons. En plus de ses frasques personnelles, il s'est retrouvé mêlé à des allégations de fraude et d'abus de confiance au Sénat dont il devra répondre lors d'un procès le printemps prochain.

On savait déjà qu'il avait le sens du spectacle depuis son fameux match de boxe avec Justin Trudeau. Il l'a prouvé de nouveau dans la période trouble qui a suivi sa suspension en devenant gérant d'un bar de danseuses nues à Ottawa, puis arbitre lors d'une soirée de lutte professionnelle où il a fini à moitié sonné sous une table...

Encore mercredi, à sa sortie du palais de justice de Gatineau, Patrick Brazeau n'a su résister à l'envie de faire le clown quand on lui a demandé pour quel parti il compte siéger s'il réintègre son poste de sénateur. «Le parti Peau-Rouge», a-t-il répondu du tac au tac aux journalistes médusés.

Si les sénateurs étaient élus au lieu d'être nommés à vie, pas sûr que Patrick Brazeau obtiendrait un nouveau mandat. Encore que, en politique, il ne faut jurer de rien!

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