Couillard a l'air déphasé

Les syndicats en profitent pour dépeindre M. Couillard... (La Presse Canadienne)

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Les syndicats en profitent pour dépeindre M. Couillard comme un politicien insensible, menteur et déconnecté de la réalité des Québécois.

La Presse Canadienne

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CHRONIQUE/ En déboulonnant le vieux mythe du déficit zéro à tout prix, Justin Trudeau a non seulement réussi à se faire élire à la tête du pays, il a aussi fait plaisir aux syndicats québécois de la fonction publique.

Sur les piquets de grève lundi, des chefs syndicaux exhortaient le gouvernement Couillard à accuser réception du message envoyé par la population lors du récent scrutin fédéral.

Avec l'élection de 40 députés libéraux du Québec à Ottawa, «la population a lancé un signal fort à savoir qu'elle ne voulait plus d'austérité ou d'obsession du déficit zéro», en conclut le secrétaire général de la CSN, Jean Lortie.

De fait, c'est l'une des grandes révélations de la campagne de Justin Trudeau. Le chef libéral a démontré que les gens ne craignent pas un gouvernement qui consent à de modestes déficits sur une courte période de temps - à condition que ceux-ci servent à relancer l'économie sur le long terme.

On verra si l'avenir donnera raison à Trudeau.

En attendant, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a soudain l'air un peu décalé quand il entonne son vieux refrain sur le retour à l'équilibre budgétaire à tout prix pour justifier ses politiques d'austérité. Il a beau porter les mêmes couleurs libérales que son homologue à Ottawa, il ne donne pas l'impression de chanter le même air...

C'est de bonne guerre, les syndicats en profitent pour dépeindre M. Couillard comme un politicien insensible, menteur et déconnecté de la réalité des Québécois. Comme si on essayait de lui accoler un peu de ce sentiment anti-Harper qui flotte encore dans l'air.

En même temps, il n'est pas évident que de consentir des déficits à la Trudeau serait la recette appropriée pour résoudre la crise des finances publiques du Québec.

Le plan de Trudeau est d'endetter le Canada pour investir dans des infrastructures, donc dans des biens durables qui serviront sur plusieurs décennies. Il y a une certaine logique à contracter une dette pour financer des infrastructures sur le long terme. Est-ce que la même logique justifierait de s'endetter pour financer des hausses de salaire pour les professeurs ou les infirmières?

Pas sûr.

L'autre grande différence, c'est que le poids de la dette publique du Québec serait plus contraignant que celle du Canada. Là-dessus, les avis des experts divergent selon que l'on considère la dette brute dans son ensemble ou uniquement la part de la dette associée aux déficits. Mais au final, Couillard dispose sans doute d'une marge de manoeuvre réduite par rapport à son homologue fédéral.

Ceci dit, le levier économique emprunté par Trudeau pour soulager la classe moyenne, soit de hausser les impôts des salariés de 200 000 $ et plus, a déjà été utilisé au Québec. De ce point de vue, Couillard n'a donc pas la liberté de manoeuvre de son homologue fédéral, constate Gilles Levasseur, professeur en droit et en gestion à l'Université d'Ottawa.

Sur le fond, les syndicats ont sans doute raison: la population en a marre de l'austérité et de l'obsession des déficits zéro.

Mais ce n'est sûrement pas l'élection de 40 députés libéraux à Ottawa qui envoie le message le plus limpide à ce sujet.

Au contraire, les libéraux n'ont récolté que 36% des voix au Québec, contre 42% pour les néo-démocrates et les conservateurs réunis, deux partis qui prônaient un retour rapide... au déficit zéro.

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