Les fantasmes de Mme Gatineau

CHRONIQUE / Dites-moi, à quoi rêvez-vous, madame Gatineau? (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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CHRONIQUE / Dites-moi, à quoi rêvez-vous, madame Gatineau?

J'imagine parfois notre ville étendue sur la chaise du psychanalyste, en proie à des fantasmes contradictoires.

Pauvre Madame Gatineau! Depuis la fusion, elle se cherche. Parmi ses nombreux soupirants, elle ne sait lequel choisir...

Ces jours-ci, il y a le beau monsieur Brigil qui lui fait la cour. Qui lui propose de jouer dans la cour des grands. Qui veut lui bâtir une luxueuse tour de 55 étages au centre-ville d'où elle pourra contempler le monde de haut.

Il y a aussi l'élégant Monsieur Zibi, l'écolo au sourire charmeur, l'ami des autochtones. Un homme discret et affable, mais tout aussi en moyens que le premier. Qui lui promet un mariage «socialement durable» sur les berges enchanteresses du secteur des Chaudières.

De beaux et riches prétendants, en vérité!

Avant, il y a eu Monsieur Destination Gatineau. Un type plutôt flatteur qui promettait de faire de Madame Gatineau un attrait touristique de calibre international. Mais après mûre réflexion, Madame Gatineau l'a envoyé promener celui-là.

Elle devrait se sentir flattée d'avoir autant d'attention. Mais pauvre, pauvre Madame Gatineau! Chaque fois qu'un nouveau soupirant y va d'une proposition plus alléchante que la précédente, la voilà toute retournée.

C'est qu'elle se cherche, Madame Gatineau.

Depuis la fusion, elle vit une crise existentielle, déchirée entre ses rêves de grandeur et son obsession pour le remplissage des nids-de-poule.

Elle rêve à une Grande Bibliothèque, à un nouveau centre multifonctionnel, à un centre-ville vibrant et animé. Mais dès qu'il est temps d'investir, dès qu'il est temps de poser un geste, elle hésite, elle tergiverse...

Et le plus souvent, elle finit par ne rien faire.

«Docteur, qui suis-je, où vais-je, que veux-je», pleurniche-t-elle, étendue sur la chaise du psychanalyste.

Et c'est là tout le problème.

***

Plus que jamais, ces jours-ci, j'ai l'impression que Gatineau poursuit sa grande psychanalyse sociale. Tous ces débats qui se déroulent dans la plus grande confusion autour du projet de Brigil et de l'avenir des Olympiques le prouvent assez.

Il ne faut pas s'en surprendre. Une ville qui n'a pas de vision claire de son avenir se retrouve inévitablement à la merci des marchands des rêves. Le marketing urbain, dans toute sa splendeur, se substitue à une véritable vision de l'avenir collectif.

Après Destination Gatineau qui a servi un temps de vision pour le développement du centre-ville, Brigil a pris la relève. Et Windmill n'est pas en reste, même si ses arguments de vente à la sauce écologique sont plus en phase avec l'air du temps.

C'est comme si, à force d'avoir eu le nez collé sur la collecte des ordures, le déneigement ou le remplissage des nids-de-poule, les gens de Gatineau se sont désintéressés de l'avenir de leur ville. Et ce sont les promoteurs qui le font à leur place, à grands coups de branding.

Gatineau a bien tenté de développer une vision pour relancer son centre-ville. Un plan particulier d'urbanisme, adopté en 2008, devait en devenir le fer de lance. Mais il a fallu un projet, un seul, le projet de Brigil, pour tout remettre en question.

Dans une ville qui a si peu foi en sa propre vision d'avenir, pas étonnant que le moindre projet d'envergure se bute à une levée de boucliers.

Les Gatinois ont besoin de retrouver confiance dans la capacité de leur ville à accomplir de grandes choses.

Un bon jour, il faudra bien que Madame Gatineau arrête de branler dans le manche. Et qu'elle arrive à terminer ce qu'elle commence au centre-ville.

Ce serait un bon début.

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