L'espoir et la plate réalité

Justin Trudeau... (Adrian Wyld, La Presse Canadienne)

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Justin Trudeau

Adrian Wyld, La Presse Canadienne

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CHRONIQUE/ J'écoutais Justin Trudeau se réjouir que l'espoir avait triomphé de la peur dans son discours de victoire. La peur, qui avait si bien servi à Stephen Harper pour se faire élire premier ministre à trois reprises depuis 2006, a apparemment cessé de fonctionner.

La politique est une science inexacte. Il n'est pas toujours évident de comprendre pourquoi une recette éprouvée fait défaut tout à coup. Harper s'est maintenu au pouvoir pendant près de 10 ans en menant des campagnes électorales réglées au quart de tour et en pratiquant le clientélisme à outrance.

Il a toujours misé sur une bonne dose de peur et de politique de division pour fractionner le vote à son avantage. Et on peut dire que ça a fonctionné encore cette fois-ci avec le niqab qui a permis aux conservateurs de plus que doubler leur nombre de sièges au Québec.

Mais dans l'ensemble, le discours de la peur n'a pas donné les résultats escomptés pour Harper. La stratégie a cessé de fonctionner. Il faut peut-être mettre cela sur le compte de la volonté de changement de l'électorat. Les gens en ont assez du monde dangereux dépeint par Harper, de son refus de rendre des comptes et de sa partisanerie poussée à l'extrême.

Et c'est Trudeau plutôt que Thomas Mulcair qui a su en profiter en incarnant non seulement le vote progressiste, mais aussi l'espoir de jours meilleurs pour les Canadiens. L'espoir est un puissant moteur électoral, capable de procurer des victoires spectaculaires. Qu'on se rappelle la campagne de Barack Obama. C'est aussi un message d'espoir qui l'a propulsé à la présidence des États-Unis en 2009 après des années de guerre, de déficits à répétition et de division sous George W. Bush.

J'étais dans les rues de Washington le jour de l'assermentation d'Obama. Des centaines de milliers d'Américains en liesse marchaient dans les rues. L'Obamamanie était à son comble chez nos voisins du Sud et le phénomène n'est pas sans rappeler l'espèce de Trudeaumanie 2.0 qui a traversé le Canada lundi soir.

Tout comme Obama qui devenait le premier président noir de l'histoire des États-Unis, Justin Trudeau vient d'écrire un chapitre de l'histoire politique canadienne. Il est le premier chef à mener son parti de la troisième à la première place lors d'une élection. Et en devenant le deuxième Trudeau à emménager au 24, promenade Sussex, il jette les bases d'une première dynastie familiale au Canada.

L'ennui, c'est que l'espoir ne survit pas longtemps à une élection. Il se bute vite à un obstacle de taille: la plate réalité.

Rappelez-vous Obama qui a déçu bien des espoirs. Il a eu toutes sortes de difficultés à imposer ses réformes, notamment l'assurance maladie. Sous la pression des républicains, il a dû faire d'importantes concessions aux banques lors de la crise des subprimes. Obama avait promis de fermer Guantanamo dans la première année de son premier mandat. La sinistre prison militaire est toujours là.

Qui sait le sort qui attend Justin Trudeau.

Au cours d'une campagne où tout semblait jouer en sa faveur, le chef libéral a joui d'une certaine immunité. Oui, Trudeau a dû faire face à des questions difficiles sur les «trous» dans son cadre financier.

Ainsi, comment réussira-t-il à financer toutes les baisses d'impôt promises à la classe moyenne? Et ses promesses aux anciens combattants? Et ses engagements envers les autochtones? Et les réinvestissements en culture?

Autant de détails passés quasi inaperçus dans l'euphorie de la campagne électorale qui risquent de rattraper rapidement le chef libéral.

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