C'est payant, la peur

Stephen Harper.... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)

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Stephen Harper.

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On reproche à Stephen Harper de jouer sur la peur pour gagner des votes. Le problème, c'est que ça marche...

Le chef conservateur se plaît à le répéter dans ses points de presse et lors des débats des chefs: le monde est instable, voire hostile et dangereux.

Et quand il le dit, c'est avec une telle conviction qu'on a envie de baisser la tête pour se protéger des bombes qu'on entend déjà siffler autour de nous.

Nul n'est plus habile que lui pour décliner la peur sous toutes ses facettes. La peur des terroristes, la peur de la récession, la peur des déficits, la peur des hausses de taxes, la peur des pertes d'emplois...

Lors des échanges cacophoniques sur la clarté référendaire au débat des chefs, Harper a même joué sur la peur des interminables débats constitutionnels. «Veut-on vraiment d'un Parlement qui radote sur ses questions?» a-t-il lancé au-dessus de la mêlée.

Harper fait du millage dans les sondages, ces jours-ci, en jouant sur la peur de l'autre avec le niqab, une affaire qu'on sait maintenant habilement arrangée par ses stratèges pour qu'elle détonne en pleine campagne électorale.

Au débat des chefs, on a demandé à Harper s'il fallait sanctionner l'Arabie Saoudite, un pays qui s'apprête à décapiter, puis à crucifier un jeune homme de 21 ans ayant participé aux manifestations du printemps arabe alors qu'il n'avait que 17 ans.

En guise de réponse, Harper a joué sur la peur de perdre des emplois... en Ontario. Il a rappelé qu'une usine de London a décroché un contrat de 14 milliards pour vendre des armes à l'Arabie Saoudite. L'entente procure de l'emploi à 3000 travailleurs dans cette région.

Alors, des sanctions? «Ce n'est pas juste de punir des travailleurs de London pour ça», a répondu M. Harper.

Comme quoi, l'indignation des politiciens peut s'avérer à géométrie variable, surtout quand des emplois sont en jeu dans la très convoitée province de l'Ontario.

***

Au risque de paraître cynique, je prétends que l'espoir n'est pas aussi payant que la peur en politique canadienne. Pas ces jours-ci.

À preuve: quel dossier vient de faire bouger l'audimètre des sondages au profit des conservateurs et du Bloc Québécois?

Le niqab.

Une affaire de rien du tout, une anecdote, qui est en train de devenir un symbole parce qu'on s'en sert pour jouer sur la vieille peur du survenant, cet étranger qui viendrait saboter nos belles valeurs canadiennes.

La peur, toujours la peur!

Fin stratège, Harper sait très bien ce qu'il fait en exploitant le côté sombre de la conscience collective.

Une majorité de Canadiens appuient sa mission militaire en Irak et en Syrie, tout comme sa position sur l'accueil des réfugiés syriens, confirmait encore hier un sondage Angus Reid.

Oui, une majorité de Canadiens trouve que le Canada a perdu du lustre sur la scène internationale sous la décennie au pouvoir des conservateurs.

Mais curieusement, ils n'en tiennent pas rigueur à Stephen Harper.

D'après le même sondage, c'est Harper, plus que Mulcair et Trudeau, que les Canadiens veulent avoir comme représentant à l'ONU, de même qu'aux sommets internationaux portant sur le terrorisme, la sécurité ou l'économie.

Harper, l'homme fort dans un monde tourmenté.

C'est à se demander si les stratèges conservateurs ont fait le bon choix en développant l'essentiel de leur campagne électorale sur le thème de l'économie plutôt que sur la politique étrangère.

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